L'une des batailles les plus glorieuses et les plus célèbres de Tsahal pendant la guerre des Six Jours fut celle de la colline des Munitions. 15 décorations, une chanson et une phrase devenue un mythe.
Eitan Nawa
Le contexte de la colline des Munitions
Le complexe de la colline des Munitions fut construit par les Britanniques au début des années 1930. Il s'agissait d'un bunker servant à entreposer les munitions de l'école de police voisine. Après le départ des Britanniques, l'Irgoun prit possession du site. En mai 1948, la Légion arabe jordanienne s'empara du complexe aux dépens de l'Irgoun. La prise de la colline coupa le mont Scopus de la communauté juive et, pendant près de 19 ans, la montagne resta une enclave israélienne.
La colline des Munitions faisait partie du dispositif de fortifications de la ville. Les quartiers de Ramat Eshkol et de Ma'alot Dafna furent construits sur ses pentes, et les bureaux du gouvernement ainsi que le quartier général national de la police israélienne furent établis non loin de là.
Depuis qu'ils s'étaient emparés de la colline des Munitions, les Jordaniens n'avaient cessé de la fortifier. C'était un poste redoutable, doté de trois tranchées longitudinales - à l'ouest, au centre et à l'est - qui menaient toutes au sommet de la colline. Elles étaient reliées par des tranchées transversales, entre lesquelles se trouvaient quarante positions fortifiées, bien camouflées et se couvrant mutuellement. La colline était entourée de quatre rangées de barbelés, entre lesquelles des mines avaient été posées. Le poste de Givat HaMivtar, au nord, dominait toute la colline, et les soldats jordaniens pouvaient, depuis là, tirer sur quiconque s'y aventurait.
On estimait que la Jordanie n'entrerait pas en guerre, et l'état-major n'avait pas préparé de forces offensives. La 55e brigade de parachutistes, commandée par Mordechai (Motta) Gur, devait être parachutée derrière les lignes égyptiennes, dans la région d'El-Arich. Mais le coup porté par l'aviation au cours des premières heures de la guerre rendit sa mission inutile, et il fut décidé de la rattacher au commandement central pour combattre à Jérusalem. Dans la campagne de Jérusalem, des unités de l'aviation et des combattants de trois brigades de réserve furent engagés : la brigade d'infanterie de Jérusalem, la brigade blindée Harel et la 55e brigade.
Eitan Nawa, en route vers les parachutistes
Eitan Nawa naquit en juin 1944 de Walter et Clara Hanau, qui s'étaient rencontrés dans un centre de formation en Allemagne et avaient émigré avant qu'Hitler ne consolide son pouvoir. Ils vécurent d'abord à Petah Tikva, puis s'installèrent au kibboutz Givat HaShlosha. Ils finirent par s'établir au moshav Moledet, où ils se consacrèrent à l'agriculture et changèrent leur nom de famille en Nawa. Eitan aimait vagabonder dans la nature et n'aimait guère l'école. Dès l'âge de 10 ans, il se mit à travailler sur des tracteurs et révéla des aptitudes en mécanique et en technique. Son frère lui fournissait des pièces de moteur, avec lesquelles Eitan construisait des voitures de karting. Il devint un homme très fort. On raconte qu'un jour, il planta une fourche dans une botte de foin et la projeta par-dessus toutes les autres bottes qui se trouvaient sur la remorque.
Quand vint le moment de faire son service militaire, il était évident que ce jeune homme blond et robuste intégrerait les parachutistes. C'était un vrai battant, animé d'une grande motivation. Sept mois après son incorporation, Eitan fut blessé et muté à Chorazim (Almagor), où il rencontra Shalva, une soldate yéménite originaire de Rishon LeZion. Shalva racontait : « Nous étions l'attraction de Chorazim. Une Yéménite qui se promène avec un blond, ça ne passe pas inaperçu. » En 1964, Eitan et Shalva se marièrent, et leurs amis plaisantaient : « Eitan a trouvé Shalva, la sérénité ! » Un an avant leur mariage, au mois d'août, un incendie se déclara dans la région d'Almagor. Eitan reçut une citation du commandant de la brigade pour son rôle dans la lutte contre le feu. Après son service, ils retournèrent au moshav Moledet, où naquit leur fils Doron.
Le général Uzi Narkiss, chef du commandement central, présenta à la 55e brigade sa nouvelle mission : percer la ligne urbaine et établir une continuité territoriale jusqu'à l'enclave du mont Scopus. L'objectif principal était l'école de police et le poste de la colline des Munitions, qui la jouxtait. À la veille de la guerre, les Jordaniens renforcèrent le poste, qui comptait alors 150 soldats.
Eitan Nawa était appelé trois fois par an pour des périodes de réserve. Son ami Amnon Neubach racontait qu'Eitan était « du genre à retirer sa gourde de son équipement pour y mettre un chargeur de plus ». Tandis que les autres s'effondraient dans leur sac de couchage pendant la nuit, lui nettoyait sa mitrailleuse. Il pressait ses supérieurs de lui procurer un sac fourre-tout et des baguettes de nettoyage : « Sinon, la mitrailleuse ne marchera pas », répétait-il pour les avertir. Eitan rentra chez lui pour fêter son anniversaire. Cinq jours plus tard, il participa à la bataille de la colline des Munitions.
L'assaut du complexe
Yaki Haimovich (Hetz), qui était alors simple soldat dans la 2e section de la compagnie C du 66e bataillon de la brigade des parachutistes, raconta les préparatifs pour la prise de la colline des Munitions : « À dix heures du soir, nous sommes arrivés pour recevoir les premières instructions du chef de section, et il s'est avéré qu'il n'y avait aucun renseignement. On ne savait tout simplement rien. »
Comme l'écrit Yoram Taharlev dans sa chanson, la bataille commença à deux heures et demie. Le 66e bataillon de la 55e brigade lança l'assaut contre l'école de police et la colline des Munitions. La compagnie D pénétra dans l'école de police, tandis que la compagnie A la dépassait et avançait vers l'est. La compagnie B obliqua vers le nord et s'engagea dans une tranchée. Les soldats de la compagnie C les suivirent pour poursuivre le combat dans l'obscurité. Une intense fusillade jordanienne s'abattit depuis les bunkers et les tranchées transversales, créant une zone qui serait plus tard appelée le « triangle de feu ». Les soldats de la compagnie D pénétrèrent dans les tranchées centrale et orientale. Un groupe de combat sortit pour donner l'assaut en direction des positions d'où venaient les tirs, et tous ses combattants furent touchés. La compagnie B, rappelée pour participer de nouveau au nettoyage des tranchées, fut décimée : il ne lui resta que neuf hommes.
Plus tard, le capitaine Nir Nitzan, commandant de la force, raconta : « Nous nous étions arrêtés dans la tranchée pour nous réorganiser quand, soudain, une grenade fut lancée vers nous depuis l'extérieur. Elle explosa juste à côté de nous et, par miracle, aucun d'entre nous ne fut touché. J'étais rongé par la crainte que les Jordaniens, qui couraient dehors, ne se mettent à nous bombarder de grenades dans notre tranchée et ne nous réduisent en morceaux. Il fallait les en empêcher, et pour cela l'un d'entre nous devait sauter hors de la tranchée et voir ce qui se passait sur le terrain. Quand j'ai envoyé Eitan, je savais au fond de moi que je lui confiais une mission sans espoir, mais j'espérais malgré tout qu'il reviendrait vivant. Il n'y avait pas le temps de demander qui était prêt à se porter volontaire pour cette mission ; or Eitan était connu comme celui sur qui l'on pouvait compter en cas de sauvetage ou de problème grave sur le terrain. En entendant l'ordre, il n'a pas hésité un instant. Armé de sa mitrailleuse légère, il a bondi jusqu'au bord de la tranchée et s'est mis à courir le long de celle-ci, attirant sur lui le feu ennemi et déversant une pluie de balles qui éloignait tout tireur de lance-grenades potentiel. La quantité de feu qu'Eitan a déchaînée était véritablement folle. Le rythme auquel il changeait de chargeur l'était tout autant. Il a tiré sur les ouvertures des bunkers situés à l'intérieur de la tranchée et n'a pas cessé avant d'être atteint d'une balle à la tête et tué. Ce n'est que plus tard que ses camarades ont dénombré plus de trente corps de soldats jordaniens. Nous avons alors compris quel véritable carnage il nous avait évité. »
Eitan Nawa avait probablement le pressentiment qu'il ne reviendrait pas vivant de cette bataille. Dans sa dernière lettre à ses parents, il écrivait : « Nous allons partir, nous, les parachutistes, et nous espérons rentrer sains et saufs à la maison. Nous sommes prêts à exécuter tous les ordres qui nous seront donnés et attendons le moment décisif. Nous ne ferons pas honte à notre unité. Le courage ne manque pas. Le bonjour à toute la famille, et à bientôt. Votre fils qui vous aime et espère rentrer sain et sauf à la maison. Au revoir, Eitan. » À sa femme et à son fils, il écrivait : « Shalva et Doron, bonjour. Je me sens bien et il n'y a pas de problème. S'il y en a, nous les réglerons. Il n'y a tout simplement pas le choix, il faut aller là où l'on ne veut pas aller. Shalva, j'aimerais que Doron ait un père. Alors, si je ne reviens pas, agis en conséquence. Je ne sais tout simplement pas comment cela va finir. J'espère que tout se terminera bien, comme nous le souhaitons tous. »
L'un des principaux problèmes des combattants était la longueur de leurs armes, qui ne leur permettait pas de se battre dans les tranchées étroites. Les commandants qui prenaient la tête de l'avancée étaient les premiers à tomber, et les soldats du rang prenaient leur place, comme le décrit la chanson :
Et personne ne demandait où aller / Celui qui marchait en tête tombait / Il fallait avoir beaucoup de chance / Sur la colline des Munitions. Celui qui tombait était traîné en arrière / Pour ne pas gêner le passage / Jusqu'à ce que tombe le suivant / Sur la colline des Munitions.
De nombreux commandants tombèrent, et l'un des surnoms donnés à la bataille fut « la bataille des simples soldats ».
Les combattants continuèrent d'avancer dans les tranchées et à l'extérieur. Les soldats poursuivirent courageusement le combat dans la tranchée centrale jusqu'à atteindre et prendre le bunker central. À l'aube, les soldats de la compagnie B revinrent, accompagnés de deux chars. Ils se dispersèrent dans les tranchées et pénétrèrent dans la tranchée occidentale. Les combats furent acharnés, mais ils continuèrent d'avancer jusqu'à réussir à vaincre les forces jordaniennes, qui s'étaient elles aussi battues avec beaucoup de bravoure. À 6 h 15, la bataille prit fin et la route du mont Scopus fut ouverte.
La bataille immortalisée par une chanson
À la fin de l'année 1967, à l'approche du Jour de l'Indépendance, Yoram Taharlev fut sollicité par Dani Litani, alors directeur de la troupe du commandement central, pour écrire une chanson sur les parachutistes. À cette époque, le poète tomba sur un numéro du journal « BaMahane », qui relatait la bataille à travers les témoignages de ceux qui avaient reçu une décoration. Yoram Taharlev décida d'écrire une chanson accompagnée de citations des paroles des combattants. Il reprit leurs propos sans les modifier, à quelques légères coupes près, et les intégra à la chanson qu'il avait écrite. « Le but était de décrire la bataille telle que les combattants l'avaient vécue. Presque aucun auteur-compositeur n'avait participé à la bataille ; ils essayaient d'en décrire plutôt les émotions ou de donner une image de la bataille. Moi, je voulais la décrire pour qu'elle demeure un témoignage », expliqua Yoram Taharlev.
Le passage de la chanson qui décrit la bravoure d'Eitan est tiré du témoignage de son commandant, qui l'avait envoyé couvrir la force. « Eitan faisait partie des récits qui m'ont paru particulièrement dramatiques. C'était une histoire très bouleversante, et c'est pour cela que je l'ai incluse dans la chanson. Elle contient un témoignage authentique, écrit par des soldats et non par des poètes, et je pense que c'est là la force de la chanson », expliqua-t-il.
Yoram Taharlev apporta la chanson à son compositeur attitré, Yair Rosenblum, qui lui composa une mélodie qui la rendit tout à fait unique. Une chanson comme on n'en avait jamais entendue, certainement pas dans les troupes militaires. Elle durait 5 minutes et 45 secondes. Elle fut interprétée par la troupe du commandement central. Kobi eut l'honneur de lire les récits de la bataille. L'un des passages se termine par une phrase devenue une expression courante : « Je ne sais pas pourquoi j'ai reçu une citation, je voulais juste rentrer sain et sauf à la maison. » Cette phrase est attribuée à Shalom David ou à Yaki Haimovich (Hetz), mentionné plus haut.
Lors de la bataille de la colline des Munitions, 36 parachutistes tombèrent et 15 des soldats qui y avaient participé furent décorés pour leur courage et leur bravoure. Les Jordaniens perdirent 71 combattants.
Eitan Nawa avait 23 ans lorsqu'il tomba. Quelques mois plus tard, le chef d'état-major lui décerna une citation pour sa participation à la bataille et son « acte de bravoure et d'audace au combat ». Cette citation fut par la suite convertie en médaille de la Vaillance. À sa mort, Eitan laissa une épouse et un bébé de neuf mois. Son commandant, le capitaine Nir Nitzan, reçut la médaille du Service distingué.





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