Dov n'aimait pas le mois de décembre. Les deux fois où il fut blessé, c'était en décembre. Sa vie aurait pu faire l'objet d'un film à suspense haletant, riche en exploits héroïques.
La dernière bataille d'Auja al-Hafir
À la création de Tsahal, de nombreux combattants du Lehi rejoignirent l'armée. La plupart s'engagèrent dans les 82e et 89e bataillons de la 8e brigade, la première brigade blindée de Tsahal, commandée par Yitzhak Sadeh (« le Vieux », d'où son surnom de « brigade du Vieux »). À la fin du mois de décembre, la brigade reçut l'ordre de conquérir Auja al-Hafir (aujourd'hui Nitsana). Ce fut la dernière grande bataille de la guerre d'indépendance. L'effet de surprise étant indispensable, les troupes furent transférées de nuit dans les dunes de Haloutsa, tous feux éteints. Le trajet s'éternisant, l'effet de surprise fut perdu. Ce n'est donc qu'à midi, le 26 décembre, jour de la première bougie de Hanoucca, que les troupes arrivèrent à Auja al-Hafir et que le 82e bataillon donna l'assaut à la forteresse. La plupart des véhicules s'étant ensablés, il fut décidé d'engager une compagnie d'infanterie blindée. La mission fut confiée au 89e bataillon de « Dov le Blond », qui devait frapper l'ennemi par-derrière.
« J'étais dans le 82e bataillon », raconta Nehemia Ben-Tour. « Nous avons reçu l'ordre d'entrer dans Auja al-Hafir avec six véhicules blindés et nous avons essuyé une riposte très soutenue de tirs antichars. Nous n'avions pas assez de forces. Nous avons reçu l'ordre de nous retirer et nous sommes partis. À ce moment-là, la compagnie de Dov est entrée. Nous étions au bord de la route quand, tout à coup, un véhicule blindé s'est arrêté près de moi et je l'ai vu debout dans la tourelle. À découvert, fier, à un mètre de moi. Je lui ai dit bonjour et lui ai demandé de faire attention. Ils se sont mis en route et c'est la dernière fois que je l'ai vu. Il a reçu une balle dans le cou un quart d'heure plus tard. » Dov avait 25 ans à sa mort et fut enterré à Haloutsa. Environ six mois plus tard, le 20 juillet 1949, sa dépouille fut transférée au cimetière de Nahalat Yitzhak pour y reposer à jamais.
« Dov le Blond » était l'un des plus hauts gradés et des commandants de terrain les plus importants de l'organisation clandestine Lehi. Il comptait parmi ses chefs les plus audacieux et les plus courageux et, de son vivant, il était déjà devenu une légende et un symbole de bravoure. Il était le chef des opérations du Lehi et le chef militaire de l'organisation clandestine à l'époque de l'unification des mouvements clandestins et de la création du Mouvement de résistance (1945-1946). Dov en était le commandant opérationnel le plus éminent.
De Lodz au Lehi
Yaakov Grank naquit à Lodz, en Pologne, en 1923, dans une famille aisée qui avait fait l'essentiel de sa fortune dans l'industrie textile. À 15 ans, il rejoignit le Betar. « Dans son école, il y avait six Juifs sur une cinquantaine de goyim », raconta son frère Gershon. « Il rentrait toujours avec une marque ou une bosse. Nous lui demandions : “Qu'est-ce que c'est ?” Il répondait : “Je ne voulais pas me taire.” Notre père nous disait toujours : “Tu es fort, rends les coups. Tu es faible, écarte-toi.” C'était son éducation, et c'était aussi son caractère. »
Pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'Allemagne envahit la Pologne, le jeune Dov était résolu à combattre les envahisseurs et annonça à ses parents qu'il partait défendre la capitale, Varsovie. Il rejoignit les commandos polonais, combattit les nazis et, comme mitrailleur, leur fit subir de lourdes pertes. Impressionnés par le garçon et son audace, les Polonais envisagèrent de lui décerner une citation, mais n'en eurent pas le temps : la Pologne capitula et le jeune Dov fut fait prisonnier. On le fit monter dans un véhicule de prisonniers, mais il parvint à s'échapper. Il arriva seul en Lituanie et, quelques années plus tard, partit pour Moscou. De là, en passant par la Turquie et la Syrie, il arriva en Palestine en 1940 dans le cadre de l'Aliyah des jeunes et s'installa à Rosh Pina. Son frère Gershon raconta : « Il avait envoyé un télégramme au ghetto par l'intermédiaire de la Croix-Rouge, pour dire qu'il s'était installé à Rosh Pina. Je ne savais pas ce que c'était, je croyais que c'était une ville. Après la guerre, j'ai écrit au maire de Rosh Pina pour lui dire que je cherchais mon frère. Quelques mois plus tard, j'ai reçu une lettre de Dov. Ils avaient donc fini par le retrouver. »
À cette époque, l'Irgoun se scinda. David Raziel demanda la suspension des opérations contre les Britanniques afin de ne pas entraver leur guerre contre les nazis. Abraham Stern, au contraire, soutenait qu'il fallait continuer à combattre les Britanniques sans relâche jusqu'à leur expulsion. Il fit donc sécession et fonda le Lehi. Dov choisit de rejoindre les partisans de la ligne dure. Au sein du Lehi, il reçut le nom de guerre « Dov », et ses compagnons l'appelaient « le Blond ». Quelque temps plus tard, il devint garde au kibboutz Kfar HaHoresh, où il rencontra Leah, une lycéenne venue aider à la récolte. « Un blond s'est assis à côté de moi et m'a dit : “Tu seras ma femme” », se souvint Leah des années plus tard. « Il ne m'a pas dit bonjour ni ne m'a dit comment il s'appelait. Je ne le connaissais pas. » Leah était l'âme sœur de Dov, une combattante du Lehi, combative et audacieuse. Dov commença à avoir un compte à régler avec les Britanniques après que sa bien-aimée Leah eut collé des affiches et fut arrêtée par les Britanniques, tandis que Dov la regardait sans pouvoir lui venir en aide.
Les opérations militaires contre les Britanniques
L'une des opérations les plus douloureuses pour les Britanniques dirigées par Dov fut l'attaque de trois aérodromes militaires britanniques en Palestine : Lod, Kastina (Hatzor) et Sirkin. Dans la nuit du 28 février 1946, Dov et 30 combattants arrivèrent à Sirkin dans un camion bâché. Tandis que Dov forçait le barrage, les artificiers coupaient la clôture, s'approchaient des avions et y fixaient des charges explosives. Quelques minutes après leur repli, les explosions retentirent. Cinq avions de type « Anson » et trois « Spitfire » prirent feu. Les quelque 300 soldats de la base ouvrirent un feu nourri, mais, par chance, tous les combattants regagnèrent leur base sains et saufs. Outre les dégâts, évalués à environ 39 millions de livres sterling, les Britanniques subirent un coup terrible à leur prestige. Le général Bernard Paget, commandant en chef de l'armée britannique en Orient, ordonna de transférer en Égypte tous les bombardiers présents en Palestine. Dès lors, les navires d'immigrants clandestins ne furent plus interceptés avant d'atteindre les côtes du pays.
La voiture du haut-commissaire britannique, lord MacMichael, était en route vers la fête d'adieu organisée en son honneur à Jaffa. Le lord était pro-arabe (sous son mandat, Abraham Stern, le commandant du Lehi, fut exécuté). Le 08.08.1944, Yehoshua Cohen (qui deviendrait plus tard le garde du corps de Ben Gourion à Sde Boker) et dix autres combattants, dont Dov, tentèrent de l'assassiner. Ils tendirent une embuscade à la sortie de Jérusalem et, lorsque le convoi arriva, lancèrent un cocktail Molotov dans sa direction. Quand un mur de feu se forma, ils ouvrirent le feu à la mitrailleuse sur le convoi. Le chauffeur du haut-commissaire réussit à dégager la voiture et la vie de celui-ci fut épargnée.
En décembre 1946, Dov tenta de braquer la Banque polonaise de Tel-Aviv afin de financer une partie des activités de l'organisation. Il fut blessé lors de l'opération et, après avoir été opéré, fut sorti clandestinement de l'hôpital. Le braquage suivant eut lieu en septembre 1947 et est considéré comme le plus audacieux avant la création de l'État. Dov et trois groupes de combattants attaquèrent une automitrailleuse britannique affectée à la Barclays Bank, au 103 de la rue Allenby, à Tel-Aviv. Le lendemain, le journal Haaretz publiait : « L'un des assaillants commença à sortir de la voiture les sacs d'argent. Le premier sac était maculé du sang des policiers. Un jeune homme grand et beau, que les passants auraient juré être anglais, monta dans la voiture et, avec une grande maîtrise, décrocha de la tourelle une mitrailleuse Bren. Peu après, on vit quatre jeunes hommes emporter les deux sacs, deux par deux. Celui qui s'était emparé de la mitrailleuse et qui était sans doute le chef de l'opération les suivait, l'arme capturée à la main. » En avril 1948, Dov retourna dans cette même banque et y déroba 200 000 livres palestiniennes, le plus gros braquage jamais commis par le Lehi.
L'opération menée dans les bureaux de la police judiciaire britannique fit de Dov la terreur des Britanniques. Les bureaux se trouvaient dans le quartier russe de Jérusalem. À propos de l'assaut de Dov contre le bâtiment fortifié, Uri Milstein écrivit : « Dov avançait rapidement, tirant de sa main droite avec son Tommy gun et lançant de sa main gauche des grenades en direction des fenêtres. En montant l'escalier, il aperçut un officier britannique armé d'un énorme pistolet. Ils se retrouvèrent face à face, le combattant de la liberté et le représentant d'un empire mourant. Dov fut plus rapide. Une rafale de Tommy gun projeta le Britannique sur les marches de la police judiciaire. » Nehemia Ben-Tour raconta cette même opération : « Dov avait placé à la grille principale une quantité d'explosifs supérieure à celle qui était nécessaire... L'explosion lui brûla le pantalon et il fut assez gravement brûlé aux jambes. Il n'eut pas le choix : il enleva ce qu'il en restait et continua à se battre en caleçon. Le problème, c'est qu'il avait dans son pantalon une pièce d'identité, probablement fausse, mais les Britanniques avaient au moins désormais une photo. » Dans tous les commissariats, la photo du Blond figurait sur la liste des personnes recherchées.
La seule occasion pour les Britanniques de capturer Israel Eldad, le chef du Lehi (père du député et professeur Aryeh Eldad), se présenta lorsqu'il se brisa le dos en tentant de s'évader. Il était tombé du quatrième étage, blessé, et ne pouvait plus fuir. Le 07.07.1946, sous forte escorte, Israel fut conduit chez l'orthopédiste, le docteur Yossef Troy, rue des Prophètes à Jérusalem. Déguisés en aides-soignants, Dov et un groupe de combattants prirent le contrôle de l'escorte et s'enfuirent avec Israel Eldad.
De la clandestinité à Tsahal et à la mémoire
Le 14.05.1948 à 16 h, le Conseil du peuple se réunit au musée Dizengoff, à Tel-Aviv. David Ben Gourion lut la déclaration fondatrice de l'État d'Israël. Au même moment, le drapeau britannique fut abaissé dans le port de Haïfa et le haut-commissaire quitta le pays. Le Lehi avait atteint son objectif. Ses combattants se réunirent à Sheikh Munis (aujourd'hui le musée du Palmah) et déclarèrent : « Nous étions un mouvement clandestin qui combattait les armes à la main uniquement contre l'ennemi étranger, le pouvoir étranger... Nous reconnaissons et acceptons l'autorité de l'indépendance hébraïque. Nous n'avons reconnu ni accepté l'autorité de différentes organisations qui s'abritaient sous le pouvoir britannique. Nous reconnaissons et acceptons l'autorité d'un véritable gouvernement hébreu. Nous n'avons pas reconnu l'Agence juive, nous reconnaîtrons le gouvernement. Nous n'avons pas reconnu la Haganah, nous reconnaîtrons l'armée. Toutefois, un gouvernement hébreu, quel qu'il soit, bon ou mauvais, de gauche ou de droite, tout gouvernement hébreu qui gouvernera selon les principes de la démocratie est en droit d'exercer l'autorité et saura aussi la faire respecter. » Après la dissolution du Lehi, Dov et ses compagnons rejoignirent la 8e brigade, fondée par Yitzhak Sadeh et Moshe Dayan. L'idée était de développer dans Tsahal le combat interarmes associant blindés, infanterie et artillerie. Dov commandait la compagnie du bataillon de commandos qui participa à l'opération Dani, destinée à prendre Lod, Ramla et leurs environs. En juillet 1948, lors des « Dix jours », il pénétra à la tête de ses hommes dans le poste de police d'Irak-Souidan (Negba), puis, en octobre de la même année, il mena ses soldats dans l'opération Yoav pour libérer le Néguev.
L'affaire de l'Altalena mit à l'épreuve la loyauté de Dov envers Tsahal. L'Altalena était un navire acheté par l'Irgoun, arrivé en Israël en juin 1948 avec à son bord des immigrants et des armes. Le navire arriva environ cinq semaines après la création de l'État et trois semaines après que les membres de l'Irgoun eurent accepté de déposer les armes et de rejoindre Tsahal. À son arrivée, Menahem Begin, alors chef de l'Irgoun, exigea qu'une partie des armes soit remise à l'Irgoun. Les représentants du gouvernement demandèrent que les armes soient d'abord transférées à Tsahal, puis que l'on décide de leur sort. Begin s'y opposa fermement et la tension était extrême. Lorsqu'on lui demanda de déserter Tsahal avec ses soldats, il refusa, déclarant avoir prêté serment de fidélité à Tsahal et à l'État et estimant que l'ère des organisations clandestines était révolue.
Dov aimait écrire des poèmes. Il se promenait toujours avec un carnet noir et le remplissait pendant ses heures de loisir. Lorsqu'il demanda à publier ses œuvres dans le bulletin interne du Lehi, quelqu'un lui dit qu'il ferait mieux de s'occuper de ce qu'il savait faire.
Après la mort de Dov le Blond, l'un des hauts gradés de Tsahal déclara : « Il avait vingt ans d'avance sur la pensée et le développement de Tsahal. Aujourd'hui, la réaction consiste à foncer sur les positions de tir. Dov le faisait instinctivement. Il fut le premier, et peut-être le seul, à agir ainsi. » Le poète Uri Zvi Greenberg écrivit à son sujet : « Élégie pour le sicaire, le capitaine Dov de l'armée d'Israël. Il était un tronc de feu que toutes les eaux de ses ennemis ne pourront éteindre. »
Des rues ont été baptisées du nom de Yaakov Grank, de mémoire bénie, dans le quartier de Ramat Hen à Ramat Gan (rue du capitaine Dov) et à Beer-Sheva (capitaine Dov), près de la rue de la 8e brigade, dans les rangs de laquelle il a combattu.
Une plaque commémorative en sa mémoire est apposée près de son domicile à Ramat Gan.





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