Élisabeth Fiodorovna était considérée comme la plus belle femme de son époque. Son époux, Sergueï Alexandrovitch Romanov, fils du tsar russe Alexandre II, fit construire la « cour Sergueï » à Jérusalem.

Pour qui observait la scène de l’extérieur, il était évident que tout finirait par un meurtre atroce. La famille royale, que la troupe de soldats ivres avait poussée hors de la ville, avait déjà été dépouillée et battue. Ses membres avaient l’air misérables, bien loin de leurs jours de gloire. Dans la région des mines, au pied des monts Oural, en Russie, au milieu des rires et de la fumée des cigarettes des soldats, la famille fut jetée dans un puits profond. Quelques minutes plus tard, on entendit des sanglots. Les soldats lancèrent une grenade dans le puits et, pendant un instant, le silence se fit, mais des prières commencèrent à s’élever du fond. Une autre grenade fut lancée, et les prières retentirent de nouveau. Les soldats ramassèrent du bois, y mirent le feu et le jetèrent dans le puits. Puis, le silence... Ce fut la fin d’Élisabeth Fiodorovna, la plus belle femme de son temps.
Des racines royales en Europe
Élisabeth naquit en 1864 en Allemagne, au sein d’une illustre dynastie. Elle était la fille de Louis IV, grand-duc de Hesse, et d’Alice (1843-1878), fille de la reine Victoria de Grande-Bretagne, « la grand-mère de l’Europe », et du prince Albert. Victoria et Albert eurent neuf enfants qu’ils marièrent, de manière réfléchie, à des membres des familles aristocratiques d’Europe. De fait, la plupart des dynasties royales européennes actuelles descendent d’eux. Sa tante Victoria, la sœur d’Alice, épousa l’empereur allemand Frédéric III, et leur fils Guillaume II fut le dernier empereur d’Allemagne. Son oncle était Édouard VII, roi d’Angleterre. Alexandra, la sœur d’Élisabeth, épousa le tsar Nicolas II et devint la dernière tsarine de Russie. Un autre de ses oncles était Alfred, qui épousa Maria Alexandrovna, grande-duchesse de Russie et fille du tsar Alexandre II. Alice, petite-fille de Victoria, était la mère du prince Philippe, duc d’Édimbourg, époux de la reine Élisabeth II.
Malgré ses origines prestigieuses, Élisabeth reçut une éducation fondée sur des valeurs solides. Elle avait l’habitude de repasser ses vêtements et de nettoyer elle-même sa chambre. Pendant la guerre austro-prussienne de 1866, elle rencontra des soldats blessés. La compassion qui naquit alors en elle l’accompagna jusqu’au jour de son assassinat.
Sa beauté et son charme firent d’elle l’une des femmes les plus recherchées. L’un de ses prétendants était le futur empereur allemand Guillaume II, mais elle repoussa ses avances. Un autre était le prince Frédéric, futur grand-duc de Bade, que sa grand-mère Victoria aimait beaucoup et qu’elle pressait de s’unir à Élisabeth. Mais cette dernière le repoussa lui aussi. Élisabeth finit par tomber amoureuse du grand-duc Sergueï Alexandrovitch, fils du tsar Alexandre II, frère du tsar Alexandre III et oncle du dernier tsar, Nicolas II, qui régnaient alors sur la Russie.
Le mariage et Jérusalem
À l’été 1884, le couple se maria au palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg, et la princesse Élisabeth devint officiellement Élisabeth Fiodorovna, grande-duchesse de Russie. Quatre ans après leur mariage, le couple se rendit en Terre d’Israël pour l’inauguration de l’église Sainte-Marie-Madeleine, sur le mont des Oliviers. Celle-ci avait été nommée en l’honneur de Maria Alexandra, la mère de Sergueï. Élisabeth, désormais appelée Élisabeth Fiodorovna, fut profondément impressionnée par l’église, le mont des Oliviers et la sainteté de Jérusalem. Elle fit promettre à Sergueï qu’à sa mort, elle serait enterrée dans cette église.

Lors de cette visite, le prince comprit que les nombreux pèlerins qui se rendaient à Jérusalem avaient besoin de lieux où loger. Il fit donc construire la « cour Sergueï » (dans le quartier russe, près de la mairie de Jérusalem). Par la suite, Sergueï étendit ses activités et fit construire l’église de l’Ascension, sur le mont des Oliviers, ainsi que l’église Saint-Alexandre-Nevski, dans la vieille ville.
En 1891, Sergueï fut nommé gouverneur de Moscou par son frère aîné, le tsar Alexandre III. Sergueï et la belle Élisabeth s’installèrent dans l’un des palais du Kremlin. La même année, Élisabeth, élevée dans la religion luthérienne en tant qu’aristocrate britannique, adopta la religion orthodoxe, répandue en Russie et pratiquée par la famille impériale russe.
Sergueï était un prince arrogant, cruel et insensible, tout le contraire de son épouse Élisabeth. Lorsqu’il prit le contrôle de Moscou, l’une de ses premières décisions fut d’expulser de la ville 25 000 Juifs. Les femmes juives qui souhaitaient rester furent contraintes de s’enregistrer comme prostituées.

À cette époque, la majeure partie de la population était asservie et les ouvriers étaient privés de droits et opprimés. En janvier 1905, une grève ouvrière éclata à Saint-Pétersbourg, alors capitale de la Russie. Les ouvriers marchèrent en direction du palais d’Hiver, et les soldats du tsar tirèrent sur eux, en tuant environ un millier. L’événement fut surnommé le « Dimanche rouge ». Il déclencha des émeutes dans toute la Russie et Sergueï, connu pour sa cruauté, devint l’homme le plus haï des opposants révolutionnaires au régime.
Le 17 février 1905, alors que Sergueï quittait le palais du Kremlin dans sa somptueuse calèche, l’un des révolutionnaires parvint à lui lancer un engin explosif et le tua. Son corps fut enterré sous le sol du monastère des Miracles, dans l’enceinte du Kremlin. Le révolutionnaire qui avait commis l’attentat fut arrêté et emprisonné. Élisabeth lui rendit visite en prison. À la suite de cette visite, elle demanda au tsar Nicolas, successeur d’Alexandre III, de gracier l’assassin, mais sa demande fut rejetée et celui-ci fut pendu.
Le tsar Nicolas demanda à Élisabeth de succéder à son mari comme présidente de la Société russe orthodoxe de Palestine. Elle accepta et occupa cette fonction à partir de 1906. Cette année-là, quelque 13 000 pèlerins russes se rendirent en Terre d’Israël. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, Élisabeth retourna en Russie et prit la tête de la Croix-Rouge russe.
Révolution, arrestation et meurtre
En novembre 1917, lorsque la révolution d’Octobre éclata en Russie, Élisabeth se trouvait dans un monastère et ne fut donc pas touchée. Un an plus tard, sur ordre de Lénine, Élisabeth et toute la famille du tsar furent arrêtées et expulsées de Moscou. Elle fut transférée à Iekaterinbourg et, quelques jours plus tard, d’autres membres de la famille impériale la rejoignirent. Tous furent envoyés dans la ville d’Alapaïevsk, dans les monts Oural, où ils furent logés dans une école située à la périphérie de la ville.

Le 17 juillet, plusieurs soldats arrivèrent à l’école, dépouillèrent les membres de la famille et les emmenèrent dans une mine à l’extérieur de la ville. Élisabeth et sa famille furent jetées dans un puits de 20 mètres de profondeur. Quelques minutes plus tard, on entendit des sanglots. Les soldats lancèrent une grenade dans le puits et, pendant un instant, le silence se fit, mais des prières commencèrent à s’élever du fond. Une autre grenade fut lancée, et les prières retentirent de nouveau. Les soldats ramassèrent du bois, y mirent le feu et le jetèrent dans le puits.
Les corps furent retrouvés plus tard par l’Armée blanche et enterrés dans une cathédrale des environs. En 1920, lorsque l’Armée blanche fut contrainte de battre en retraite, les corps furent transférés à Pékin, en Chine. Grâce aux efforts de Victoria, la sœur d’Élisabeth, les corps d’Élisabeth et de sa servante Barbara furent transférés à leur dernière demeure, l’église Sainte-Marie-Madeleine, sur le mont des Oliviers à Jérusalem, là où Élisabeth avait demandé à être enterrée. Harry Luke, fonctionnaire britannique sous le Mandat, décrivit ainsi le dernier voyage funèbre :
« À Jérusalem, j’ai assisté à de nombreuses cérémonies officielles et grandioses, organisées dans les circonstances les plus solennelles. Pourtant, je n’en ai vu aucune d’aussi poignante que l’arrivée de ces deux cercueils de bois si simples, après leur odyssée pathétique, à la petite et modeste gare de Jérusalem. Il n’y avait ni faste ni cérémonie, rien de tout ce qui accompagne habituellement les funérailles de personnages illustres. Les cercueils des deux malheureuses femmes, exactement semblables, furent descendus du train sur le quai. Deux moines russes chantèrent d’une voix mélodieuse, entrecoupée de sanglots, les prières pour les morts, puis le petit cortège prit tristement, sans attirer l’attention, le chemin de Gethsémani, vers l’un des rares vestiges de la Sainte Russie. »

Les cercueils d’Élisabeth et de Barbara furent d’abord placés dans la crypte de l’église. En 1981, Élisabeth fut canonisée et les ossements des deux femmes furent transférés dans l’église, près de l’autel.
En 1930, sur ordre de Staline, le monastère des Miracles, où Sergueï était enterré, fut détruit. En 1995, les restes de son corps furent retrouvés et transférés pour être enterrés définitivement au monastère Novospasski, à Moscou.
Alice, la nièce d’Élisabeth, épousa le prince André de Grèce. Leur fils, Philippe, était l’époux d’Élisabeth, reine de Grande-Bretagne. Comme sa tante Élisabeth, Alice devint elle aussi religieuse et demanda à être enterrée, après sa mort, auprès de sa tante bien-aimée. Après son décès, Alice fut enterrée au château de Windsor. En 1988, son corps fut transféré à Jérusalem et inhumé dans l’église Sainte-Marie-Madeleine.








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