De nos jours, je constate la lenteur du système judiciaire. Certes, parfois, un procès aboutit à un verdict, mais il arrive que l’accusé soit déjà mort (de mort naturelle ou dans des circonstances étranges...) et parfois, le juge est remplacé, ou bien il meurt lui aussi (j’en ai fait l’expérience).
Autrefois, le système judiciaire était si efficace que même si l’accusé était mort, on l’exhumait, on le jugeait et on le punissait. En témoignent les exemples suivants :
Le procès posthume de Formose
En janvier 897, en Italie, s’ouvrit le procès de l’ancien pape Formose, poursuivi par Étienne VI, qui était alors le pape en exercice. L’accusé n’eut aucune possibilité de présenter sa défense, puisqu’il était mort neuf mois plus tôt. Son cadavre en décomposition fut exhumé, nettoyé, revêtu de ses habits pontificaux, couronné et installé sur un somptueux fauteuil. Formose, dont le nom signifie « beau d’apparence », n’était, disons-le avec délicatesse, pas à son avantage pendant le procès... Mais cela n’empêcha pas Étienne VI de le désigner du doigt, le visage furieux, et de l’accabler d’accusations. Le diacre, qui devait assurer la défense de Formose, était incapable d’articuler un mot devant cette scène grotesque.
Le pape Formose fut reconnu coupable de corruption et de fraude, mais le chef d’accusation le plus important était la violation de la loi de l’Église, qui lui interdisait d’exercer ses fonctions dans deux diocèses. Sa peine fut d’être dépouillé de ses vêtements, d’avoir trois doigts de la main droite coupés et d’être enterré dans une fosse commune.
Mais les malheurs de Formose ne s’arrêtèrent pas là. Après l’exécution de la sentence, le pape Étienne estima que la punition n’était pas assez sévère. Il fit donc exhumer le corps une nouvelle fois, lui attacha un poids à la jambe et le jeta dans le fleuve pour que l’accusé se noie. Un moine retrouva le corps et le repêcha. Le nouveau pape, Théodore II, organisa un nouveau procès pour le pape Formose et l’acquitta. L’« accusé » fut alors enterré pour la troisième fois. Mais l’histoire ne s’arrête pas là...
En janvier 904, près de sept ans après le premier procès de Formose, Serge III fut couronné pape. À l’époque, il avait jugé aux côtés d’Étienne VI. Serge III annula la décision du pape Théodore II et condamna de nouveau le pape Formose. Le corps du pauvre pape fut ainsi une nouvelle fois exhumé et jeté dans le Tibre, cette fois pour de bon.
Des procès posthumes
L’évêque Thomas Becket, grand ami du roi Henri II, connut un procès semblable. Au milieu d’une dispute entre les deux hommes, le roi s’écria : « Qui me débarrassera de ce prêtre importun ? » Aussitôt, quatre chevaliers se mirent en route et, en décembre 1170, assassinèrent Becket dans la cathédrale de Cantorbéry. Thomas Becket fut enterré dans la cathédrale, et un mausolée fut édifié au-dessus de sa tombe.
En 1538, 368 ans après son enterrement, le roi Henri VIII « cita » Thomas Becket à comparaître pour trahison. Comme l’accusé « ne se présenta pas » au procès dans le délai de 30 jours prévu par la loi, il fut jugé par contumace et reconnu coupable. Ses restes furent exhumés, ses os broyés, ses trésors confisqués et le bâtiment qui recouvrait sa tombe détruit.
Le cas suivant est celui d’Oliver Cromwell, qui mena la révolution en Angleterre. En 1649, la monarchie y fut remplacée par une république, après l’exécution du roi Charles Ier. Trois ans après la mort de Cromwell, survenue en 1658, la monarchie fut rétablie en Angleterre et le roi Charles II le condamna à mort. Son corps fut exhumé et pendu. Sa tête fut tranchée et exposée sur un poteau devant l’abbaye de Westminster pendant quatre ans. Le corps décapité de Cromwell fut jeté dans une fosse, tandis que sa tête fut finalement enterrée en 1960 à l’université de Cambridge.
La dernière histoire est contemporaine. Le médecin François Duvalier fut président d’Haïti, un dictateur impitoyable qui fit exécuter de nombreuses personnes. Sa cruauté ne s’exerçait pas seulement envers les êtres humains, mais aussi envers les chiens. Lorsqu’il « reconnut avec certitude » qu’un de ses ennemis s’était transformé en chien noir, il ordonna l’élimination de tous les chiens noirs de l’île. Il dirigea Haïti de 1957 jusqu’à sa mort en 1971. Environ 15 ans après sa mort, son corps fut exhumé et « battu à mort » lors d’un rituel.





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