Le plus jeune chef d’état-major de l’histoire de Tsahal. Né dans une famille de pionniers qui s’était installée sur la montagne, il fut témoin du meurtre de sa famille. Sa résilience, son intelligence, son sang-froid et le destin firent de lui un combattant puis un chef d’état-major. Il participa aussi à la création d’une unité chargée de lutter contre les émeutiers.

Le plus jeune chef d’état-major de l’histoire de Tsahal. Né dans une famille de pionniers qui s’était installée sur la montagne, il fut témoin du meurtre de sa famille. Sa résilience, son intelligence, son sang-froid et le destin firent de lui un combattant puis un chef d’état-major. Il participa aussi à la création d’une unité chargée de lutter contre les émeutiers.

Une famille pionnière dans les colonies

Arie Leib Maklef naquit en 1876 à la frontière entre la Russie et la Pologne. En 1891, il émigra en Palestine avec ses parents et ses frères, des Amants de Sion. Issu d’une famille religieuse, il étudia dès son plus jeune âge au heder, tout en recevant un enseignement général en histoire, en mathématiques et en sciences naturelles, un domaine qui le passionnait. Il aimait les animaux et les plantes, et les préférait au heder ou à la salle de classe. À 18 ans, il partit donc se former à l’agriculture dans les exploitations de ses frères, dans la colonie de Malabes, appelée plus tard Petah Tikva. Maklef avait la main verte : il se spécialisa dans le matériel et les outils agricoles, ainsi que dans la culture et l’acclimatation de différentes variétés d’arbres fruitiers adaptées au climat israélien.

En 1896, il épousa Batya Tsemarinsky, fille du rabbin Yehiel Tsemarinsky, l’un des fondateurs du quartier de Mahane Yehuda à Jérusalem. Batya était née à Jérusalem et avait un an de moins qu’Arie. À 11 ans, elle s’était déjà portée volontaire comme infirmière pour apporter une aide médicale au sein de la « Hevrat Linah », fondée par son père avec d’autres notables du quartier de Beit Yaakov. L’association venait en aide aux malades des quartiers éloignés des services médicaux de la Vieille Ville.

Cette même année, la colonie de Metoula fut fondée et le couple put y obtenir une parcelle. Ils vécurent à Metoula pendant cinq ans, où naquirent leurs deux aînés : Avraham Moshe, dit Lish, et Barak.

Photos de cette histoire: מרדכי מקלף
מרדכי מקלף | מתוך אוסף התצלומים הלאומי 'דויד אלדן'

La vie dans la colonie était difficile et les relations avec les voisins métayers, druzes et bédouins étaient tendues. Une nuit, alors qu’Arie et un ami montaient la garde près des maisons de la colonie, leurs voisins arabes les attaquèrent. Arie garda son sang-froid, repoussa les assaillants et réussit même à en tuer un. Craignant une vendetta, Arie et Batya furent contraints de quitter la colonie.

En 1901, la famille quitta Metoula et retourna à Petah Tikva, où vivait Moshe, le frère aîné d’Arie. Cette même année, un autre de leurs frères, Mordechai, émigra en Palestine et s’installa lui aussi à Petah Tikva. L’année suivante, Arie et Batya s’installèrent dans la colonie de Motsa, aux abords de Jérusalem, où le père de Batya avait planté une vigne. La famille vécut longtemps dans une baraque en tôle, près du vignoble. Arie prit soin de la vigne et ajouta de nouvelles activités à son exploitation agricole diversifiée, qui devint un modèle. Batya mit à profit l’expérience qu’elle avait acquise pour aider les malades de la petite colonie, ainsi que des patients arabes. Ce n’est qu’en 1904 que les époux Maklef achevèrent la construction de leur maison en pierre, qui existe encore aujourd’hui.

Arie avait étudié au séminaire des instituteurs des Templiers allemands à Jérusalem, et sa réputation de spécialiste des cultures fruitières et de la mécanisation agricole n’était plus à faire. Les fonctionnaires du baron Rothschild faisaient appel à ses conseils sur les types de sols et les cultures. Plus tard, des membres du Fonds national juif l’invitèrent à examiner les terres de la Houla en vue de leur exploitation agricole, avant que l’organisme ne les achète.

Photos de cette histoire: מרדכי מקלף
בית מקלף | מתוך ארכיון יד בן צבי

La maison des Maklef devint le centre social et culturel de Motsa. Elle abritait une vaste bibliothèque d’ouvrages en hébreu, en anglais et en allemand, ainsi que des livres sacrés, des textes de la Torah et des ouvrages sur le judaïsme. Les membres de la famille aimaient la musique classique comme la musique légère, et possédaient un gramophone et une collection de disques. Ils entretenaient de bonnes relations aussi bien avec leurs voisins juifs, parmi lesquels les familles Broza et Cohen, qu’avec les Arabes de la localité voisine de Kolonia.

Six autres enfants naquirent aux Maklef à Motsa. Ils eurent en tout cinq fils : Lish, Barak, Moshe, Haim et Mordechai, et trois filles : Mina, Rivka et Hana. Les parents élevèrent leurs enfants dans l’esprit pionnier et l’amour de la terre, sans leur épargner les travaux pénibles. Les enfants participaient aux tâches de l’exploitation, à la culture des vergers et à la garde des moutons et du bétail. La famille vivait de la vente de ses produits, mais aussi de la transformation de la maison en pension, pendant les mois d’été, pour accueillir des vacanciers venus de Tel-Aviv et de Jaffa. À la suite d’une crise économique qui frappa le pays au milieu des années 1920, il fut décidé que Barak partirait en Australie et aiderait à subvenir aux besoins de la famille grâce à son travail. L’aîné, Lish, partit s’installer à Jérusalem et y fonda une famille.

Les familles Maklef et Cohen, voisines l’une de l’autre, avaient une habitude bien établie : chaque samedi soir, elles se retrouvaient, à tour de rôle chez l’une ou chez l’autre.

Ces rencontres avaient lieu pour la prière de « Melavé Malka », qui clôt le jour du shabbat. C’est ainsi qu’au fil de ces soirées naquit un amour entre David, le fils des Cohen, et l’une des filles de la famille Maklef, un amour dont on n’eut connaissance que soixante ans après cette journée funeste.

La situation économique difficile et les rivalités politiques internes au sein de la population arabe comptèrent parmi les causes des émeutes de 1929. L’étincelle qui mit le feu aux poudres jaillit au Mur des Lamentations. C’est pourquoi ces émeutes sont appelées en arabe « la révolution d’Al-Buraq », autre nom du Mur.

Photos de cette histoire: מרדכי מקלף
משפחת מקלף. בשורת היושבים מימין: אריה לייב ואישתו חיה בתיה מקלף.על הקרקע משמאל: מרדכי מקלף | מתוך אוסף יד בן צבי

Le jour de Yom Kippour, le 23 septembre 1928, l’esplanade du Mur des Lamentations était bondée de fidèles et une séparation avait été installée entre les femmes et les hommes. Cette séparation contrevenait au statu quo ottoman. Le mufti Hadj Amin al-Husseini, alors dirigeant des Arabes, y vit une tentative de prise de contrôle du mont du Temple et se mit à attiser les esprits. Une illustration représentant la mosquée du Dôme du Rocher surmontée du drapeau sioniste circula parmi la foule. Le 9 av, plusieurs membres du Betar se rendirent au Mur occidental avec un drapeau israélien et crièrent : « Le Mur est à nous, à bas le gouvernement ! » En réaction, les Arabes organisèrent une manifestation au cours de laquelle les esprits s’échauffèrent, jusqu’à ce que la situation dégénère en émeutes.

Le 23 août 1929, les émeutes sanglantes commencèrent à Jérusalem et à Hébron. Dès le début des troubles, le moukhtar du village de Kolonia se rendit chez Arie et Batya, qui soignait les malades du village, et jura sur le Coran qu’ils étaient en sécurité et qu’il ne leur arriverait rien. Dans l’après-midi, les troubles gagnèrent les environs de Motsa. Le fils d’Arie Leib Maklef usa de son influence auprès des autorités britanniques en tant que haut fonctionnaire des postes. Un véhicule blindé fut envoyé pour protéger Motsa et patrouilla dans le secteur, mais il disparut le lendemain matin. Peu après son départ, des émeutiers de Kolonia se mirent à lancer des pierres sur les voitures qui empruntaient la route de Jérusalem, puis descendirent la pente en direction de la maison des Maklef.

Le massacre de Motza et la poursuite du chemin

Haim Maklef, âgé de 18 ans, vit la foule s’approcher de leur maison et courut vers la famille Steinberg, qui habitait de l’autre côté de la route, pour appeler à l’aide. Il tenait dans sa main le vieux fusil rouillé de son père. Quand il rentra chez lui, il découvrit que ses parents, Arie et Batya, ses deux sœurs Mina et Rivka, son frère Moshe et deux invités qui séjournaient chez eux avaient tous été assassinés de sang-froid et que leurs corps avaient été sauvagement mutilés. Haim pointa son fusil sur les émeutiers et réussit à en tuer un d’un coup de feu. Lorsqu’il tenta de tirer à nouveau, le fusil ne fonctionna pas. Il s’en servit alors comme d’une massue et se mit à frapper les assaillants, qui le poignardèrent.

Haim appela son frère et sa sœur qui avaient survécu, Hana et Mordechai, et leur demanda de sauter par la fenêtre du deuxième étage pour le rejoindre. Tous trois coururent ensuite à l’écurie, enfourchèrent une jument et partirent en direction de la famille Broza. À leur arrivée chez les Broza, on s’aperçut que des couteaux étaient encore plantés dans la main et la cuisse de Haim. Après la fuite des enfants, les émeutiers mirent le feu à l’exploitation et à la maison.

Haim fut en réalité le seul membre de la famille à avoir vu de ses propres yeux le meurtre abominable de ses proches, un traumatisme qui le poursuivit toute sa vie. Ses deux frères aînés, Lish et Barak, n’étaient pas sur place. Lors de son témoignage au procès, Haim dut revivre le massacre, tandis que le tribunal mandataire l’accusait d’avoir tué un Arabe.

Après la fin du pogrom de Motsa et le retour des émeutiers au village de Kolonia, leur grand-père, Yehiel Tsemarinsky, se consacra à la reconstruction de la vie des orphelins qui avaient survécu. Mordechai Maklef et sa sœur Hana furent envoyés à Jérusalem, chez Lish, leur frère aîné, qui devint de fait le chef de famille. Avec son épouse Mina, il s’employa à recoller les morceaux. Ils accueillirent dans leur maison du quartier de Makor Baruch les trois rescapés du massacre, ainsi que Barak, qui s’était empressé de rentrer d’Australie. Avec leurs jeunes enfants, Paltiel et Arik, ils formèrent un foyer uni.

Mordechai Maklef vécut quatre ans chez son frère à Jérusalem. Après avoir terminé ses études à l’école Tahkemoni, son grand-père Yehiel Tsemarinsky décida de l’inscrire à l’école Reali de Haïfa. À l’été 1922, Mordechai Maklef et sa sœur Hana s’installèrent ensemble dans une pièce à Hadar HaCarmel et subvinrent à leurs besoins en effectuant des travaux de nettoyage, le tout sous la surveillance étroite du directeur de l’école, le Dr Arthur Biram.

Le grand-père envoya Haim se remettre de ses épreuves auprès de sa famille à Petah Tikva. C’est là qu’il rencontra Hasiya Mostovoy, une nouvelle immigrante venue de Russie. Ils se marièrent un an plus tard et s’installèrent à Pardes Hanna. Quand leur fils atteignit l’âge de la bar-mitsva et dut monter à la Torah à la synagogue, on découvrit qu’après les scènes dont il avait été témoin, Haim avait juré de rompre avec la religion et de ne plus jamais mettre les pieds dans une synagogue. Ce n’est qu’après que le rabbin eut annulé son vœu que les membres de la famille entendirent pour la première fois cette histoire bouleversante. Haim et Hasiya fondèrent une famille respectée, dont la plupart des membres continuèrent à vivre à Pardes Hanna. Hasiya, que sa mémoire soit bénie, mourut la veille de Yom Kippour, le 10.10.1997. Haim mourut en 1979.

Vingt-trois ans après les émeutes, le 7 décembre 1952, Mordechai Maklef, qui avait neuf ans lorsque ses parents et trois de ses frères et sœurs furent sauvagement assassinés par des émeutiers arabes, devint le troisième chef d’état-major de Tsahal. À 32 ans, il obtint ainsi le titre de plus jeune chef d’état-major de l’histoire de l’État d’Israël.

Photos de cette histoire: מרדכי מקלף
בית מקלף | מתוך ארכיון יד בן צבי

À sa demande, le lieutenant-général Mordechai Maklef n’exerça les fonctions de chef d’état-major que pendant un an, mais il parvint à y imprimer sa marque. Sous son commandement et sur ses ordres, un jeune major nommé Ariel Sharon créa la célèbre unité de commandos 101, qui opéra en 1953 avant de fusionner avec la brigade des parachutistes. Maklef redéfinit la doctrine de combat de l’infanterie et posa les fondations de l’École de commandement et d’état-major (PUM).

Le lieutenant-général Mordechai Maklef mourut d’une crise cardiaque en 1978. Il n’avait que 58 ans.

Photos de cette histoire: מרדכי מקלף
מרדכי מקלף עם בן גוריון ומשה דיין | מתוך אוסף התצלומים הלאומי 'דויד אלדן'
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