Voici l'histoire de la première femme à avoir achevé la formation de pilote de l'armée de l'air, ainsi qu'un aperçu de quelques-unes des opérations auxquelles elle a participé. L'histoire de
Le parachutage sur Mitla
La tension était à son comble. Seize avions Dakota étaient prêts sur la piste. Les équipages circulaient parmi les combattants qui embarquaient. À 15 h précises, les avions décollèrent, se disposèrent en formation quatre par quatre et partirent de Tel-Nof vers l'est, en direction de Beer-Sheva et de la mer Morte, en silence radio et à basse altitude...
La veille au soir, le bataillon 890 s'était réuni dans la salle de la cantine pour écouter son commandant, Rafael Eitan (Rafoul). Tout le bataillon s'assit en silence par terre. Rafoul se tint devant eux et, comme à son habitude, prononça quelques phrases seulement : « Nous sommes sur le point de mener la première opération parachutée de l'histoire d'une armée juive... Chacun de ceux qui sautera de l'avion regardera en bas une fois son parachute ouvert, verra un carrefour et devra s'y rendre... Au lever du jour, nous commencerons à essuyer des tirs de tireurs embusqués et des bombardements. Celui qui ne creusera pas d'abri, c'en sera fini de lui... Ce que nous avons avec nous, c'est tout ce que nous avons. Chaque gorgée d'eau que vous buvez, c'est une gorgée qui vous manquera plus tard. Il n'y a pas de puits là-bas, il y a le désert... C'est la première fois que l'unité saute au combat et non lors d'exercices dans le sable... Avec de la discipline, de la volonté et de l'endurance, nous y arriverons sans problème. Des questions ? »
La formation poursuivit son vol vers Sodome et Hatseva. De là, elle continua en direction du cratère Ramon et du Nahal Paran. À 16 h 30, les avions franchirent la frontière vers l'ouest, en Égypte, parallèlement à la route de Kuntila à Mitla. À l'approche de la cible, chaque groupe de quatre avions prit de l'altitude pour le largage. Le navigateur en chef, Eyal Ahikar, se trouvait dans l'avion no 1, avec le commandant de l'escadron, Yaakov Avishar, et la copilote Yaël Rom (Finkelstein). Dès que Yaël Rom lança à la radio « Vert, vert, vert », les premiers parachutes commencèrent à s'ouvrir. C'était le début de la bataille de Mitla, celle qui valut à ses participants l'insigne des ailes de parachutiste sur fond rouge.
Oui. C'est Yaël Rom qui, en lançant « Vert, vert, vert », donna, semble-t-il, le signal du début de la bataille.
La première femme pilote de l'armée de l'air
Yaël Rom fut la première femme à achever la formation de pilote de l'armée de l'air israélienne. Son histoire encouragea de nombreuses femmes à poser leur candidature à la formation de pilote, et certaines d'entre elles l'achevèrent. Batya Orni, qui entra elle-même dans l'histoire en devenant la première navigatrice de l'armée de l'air, a déclaré : « J'ai rencontré Yaël à la base de Sirkin, pendant la phase préparatoire du cours de navigation. » Orni se trouvait elle aussi à bord de ce vol qui transporta les parachutistes vers la bataille de Mitla : « Yaël et moi attendions une autorisation spéciale du chef d'état-major pour participer à l'opération. Les parachutistes étaient assis en rangées sur les côtés des avions, et nous avions déjà nos combinaisons de vol et tout notre équipement. L'autorisation est arrivée au tout dernier moment et nous avons décollé en formation de quatre avions. Nous avons volé pendant quatre nuits au cours de l'opération et évacué de nombreux blessés. »
Yaël Rom faisait partie de la cinquième promotion du cours de pilotage de l'armée de l'air israélienne. Elle termina le cours en 1951. Une centaine d'élèves pilotes l'avaient commencé, mais seuls 18 obtinrent leurs ailes de pilote. Yaël Rom évoqua cette période : « Nous n'avions aucune idée de qui, parmi nous, était ou deviendrait un bon pilote, car la plupart des instructeurs pensaient qu'ils devaient se montrer durs et nous faire suer sang et eau. Il faut reconnaître qu'ils ont réussi leur mission : par leur détermination, leur obstination et leur extrême rigueur en matière de discipline scolaire et militaire, ils ont posé les fondations des écoles de pilotage pour les générations à venir. » Dans la revue de l'armée de l'air, Yaël décrivit le cours : « Le cours n'a pas été facile. Pendant toute une année, nous avons travaillé dur et vécu dans la crainte constante d'être renvoyés pour inaptitude. Chaque convocation à un vol avec le commandant de l'école ou l'un des examinateurs nous plongeait dans l'angoisse et, chaque jour, nous voyions les rangs s'éclaircir... Mais nous savions tous qui était la vedette du cours, car son instructeur ne cessait de chanter ses louanges à la moindre occasion. Comment avons-nous tenu bon et réussi dans un système aussi difficile ? Je crois que nous avons puisé notre force dans notre amour du vol, qui grandissait à mesure que nous avancions dans le cours. Mes compagnons formaient un trio : Mordi, Lassi et Yankélé Agassi. Ils m'avaient prise sous leur aile dès le début de mon cours initial, et ce jusqu'à la fin du leur, en août 1951. Qu'ils en soient bénis. Nous passions ensemble toutes nos heures libres jusqu'à l'extinction des feux, nous nous asseyions ensemble au réfectoire, et chaque soir nous lisions un chapitre de la Bible, puis une histoire de Damon Runyon. Dès que nous en avions l'occasion, nous partions en excursion à travers le pays. Une amitié précieuse. » Yaël Rom naquit à Tel-Aviv en 1932. Elle s'engagea dans le Gadna et, alors qu'elle attendait son affectation au cours de formation des commandants de compagnie du Gadna, deux instructeurs de vol lui proposèrent de passer les tests de sélection. Rom les passa avec succès. Elle suivit ensuite le cours initial et, à son terme, se classa deuxième parmi les diplômés. Elle fut ensuite affectée à une formation sur avions bimoteurs. Rom retourna par la suite enseigner au Gadna aérien et, en 1953, ses efforts pour réintégrer l'armée de l'air comme pilote de transport aboutirent. Elle devint ainsi la première pilote de l'armée de l'air israélienne. Yaël Rom fut la première pilote du monde occidental à suivre une formation militaire complète de pilote et à obtenir sa qualification de commandante de bord dans la première moitié du XXe siècle. Elle fut qualifiée sur sept types d'avions et fut la première pilote à effectuer un vol opérationnel au-delà des lignes ennemies, ainsi que la première à piloter des avions pour une compagnie aérienne civile (« Arkia »). Elle servit dix ans dans l'armée de l'air, d'abord pendant son service obligatoire, puis comme militaire de carrière et réserviste, dans des fonctions de transport et de largage de parachutistes. À 24 ans, alors qu'elle était lieutenante de réserve, Rom fut l'une des deux pilotes de l'avion Dakota qui transporta à Mitla, dans le Sinaï, la force de parachutistes commandée par Rafael (Rafoul) Eitan. Au cours de cette même opération, Rom transporta également la force de parachutistes commandée par Mota Gur pour une mission à At-Tur et fut copilote du premier avion à atterrir à Charm el-Cheikh.
En 1962, Rom fut contrainte de quitter la réserve après être devenue mère. Tout au long de sa vie, elle s'efforça de promouvoir la condition des femmes en Israël ainsi que le sport féminin. Elle fut conseillère du Premier ministre pour les questions féminines et, à la fin des années 1980, se présenta à la mairie de Haïfa pour le Likoud. À la fin de sa vie, elle se consacra à la promotion des femmes et lança même le projet Na'aleh destiné aux jeunes filles qui souhaitaient étudier l'ingénierie.
Yaël Rom était mariée à Yossef Rom, professeur de génie aéronautique et député du Likoud. Le couple eut trois enfants : leur fille, Vered Rom-Kedar, est professeure de mathématiques et dirigea le département d'informatique et de mathématiques appliquées de l'Institut Weizmann des sciences de 2014 à 2016 ; leur seconde fille, Dalit Rom-Shiloni, est professeure d'études bibliques à l'université de Tel-Aviv ; leur fils, Rami Rom, est docteur en chimie et conseil en brevets.
Le 24 mai 2006, Yaël Rom mourut d'un cancer à l'âge de 74 ans.






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