Fabricant allemand d'horloges à coucou. Architecte, archéologue, cartographe et chercheur sur la Terre d'Israël, il est connu pour avoir construit en dehors des murailles de Jérusalem.

« Si je devais choisir une maison où vivre, c'est ce bâtiment que je choisirais », disait Teddy Kollek, qui fut maire de Jérusalem pendant 28 ans, à propos de la « Maison Tabor » - l'un des plus beaux bâtiments de Jérusalem, sinon le plus beau.
Le propriétaire de la « Maison Tabor » était une légende. Il faisait partie de ces rares personnes qui ont laissé leur empreinte sur l'étude de Jérusalem et de la Terre d'Israël. Archéologue, cartographe, talentueux constructeur de maquettes et l'un des concepteurs du quartier de Mea Shearim, de l'orphelinat « Talitha Kumi », de la léproserie, entre autres, il était autodidacte et n'obtint le titre de « docteur honoris causa » qu'à la fin de sa vie. Il appela sa maison « Maison Tabor », d'après le Livre des Psaumes : « Le nord et le midi, tu les as créés ; le Thabor et l'Hermon chantent ton nom » (Psaumes 89, 13).
Son enfance en Allemagne et le penchant pour le dessin
Conrad Schick naquit en 1822 dans le sud-ouest de l'Allemagne, dans un petit village appelé Bitz, dans une région où était né le courant protestant du christianisme. À cette époque, les habitants du village gagnaient leur vie en travaillant durement la terre, et les études ne servaient guère dans cette localité isolée. Sixième enfant d'une famille de onze, Schick comprit que, contrairement aux membres robustes de sa famille, son physique chétif ne lui permettrait pas d'accomplir les travaux des champs, qui exigeaient des muscles et une force physique considérable. Frustré, il s'enfermait dans sa chambre et passait ses journées à lire les quelques livres de la maison, dont la plupart étaient des ouvrages religieux.
Schick aimait par-dessus tout les récits bibliques. Dans son imagination, il fendait la mer avec Moïse et regardait David vaincre Goliath, puis s'asseyait pour dessiner ces constructions aux dimensions décrites dans les textes, comme le Tabernacle, l'arche de Noé et le Temple. Un jour, sa mère lui donna quelques pièces et l'envoya à la boutique du village pour s'acheter quelque chose. Elle s'attendait à ce que, comme tous les enfants, il choisisse un ballon ou une corde à sauter pour fortifier son corps fragile. Mais, à sa grande surprise, il acheta un cahier, des crayons, des couleurs et des pinceaux, une règle et un compas, puis se hâta de rentrer dans sa chambre et se mit à dessiner avec plaisir.
Enfant fragile, il était devenu un fardeau pour sa famille, qui décida de l'envoyer dans la ville de Konterl, près de Stuttgart. Il y apprendrait un métier et travaillerait dans une grande menuiserie, subviendrait à ses besoins et gagnerait son indépendance. Schick aimait ses études de menuiserie, où son talent pour la conception se révélait, mais les conditions difficiles étaient mauvaises pour ses poumons fragiles et il fut envoyé à l'hôpital de Stuttgart jusqu'à son rétablissement.
Pendant sa convalescence, il rencontra des missionnaires avec lesquels il se découvrit des affinités. Eux aussi étaient peu robustes, eux aussi incapables de soulever des troncs ou d'immobiliser un taureau, et eux aussi rêvaient des récits bibliques. Une fois rétabli, il quitta Stuttgart, se mit à voyager et arriva à Bâle, en Suisse, où il rejoignit la « Mission des pèlerins de Bâle ». La mission avait pour objectif d'œuvrer dans différents pays par l'intermédiaire d'artisans hautement qualifiés. Dans ses mémoires, Conrad Schick raconte qu'au cours d'une conversation fortuite avec Spittler, le directeur de la mission, celui-ci laissa échapper qu'il cherchait un candidat pour partir en mission à Jérusalem. Schick lui répondit : « C'est justement là que j'irais volontiers. » En prévision de son voyage, il apprit à réparer les horloges à coucou, un métier utile et adapté à sa faible constitution.

Instituteur, architecte et chercheur à Jérusalem
Conrad Schick vit Jérusalem pour la première fois à la fin de l'année 1846. Il gagna d'abord sa vie en vendant des horloges à coucou aux riches de la ville. Plus tard, avec son ami Christian Palmer, il fonda et dirigea un établissement scolaire destiné aux élèves arabes de la communauté grecque orthodoxe. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il fonde une école professionnelle où l'on enseignait la menuiserie, le tournage et l'imprimerie, et Schick en prit la direction.
Conrad Schick fut l'un des rares privilégiés autorisés à accéder à l'esplanade du Mont du Temple, où il se rendit après que le souverain turc lui eut demandé de restaurer les bâtiments. Il profita de son séjour sur place pour écrire un ouvrage détaillé sur l'esplanade. Schick et Palmer étaient les seuls Allemands de la ville, mais ils se retrouvèrent sans argent. Ils demandèrent une aide financière à Spittler, mais, au lieu d'argent, ils reçurent un colis de pièces détachées d'horloges à coucou et une lettre : « Donne un poisson à un homme et il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher et il mangera toute sa vie. »
Conrad Schick se mit à « pêcher » les riches et leur vendit ses coûteuses horloges. Il leur parlait de la ville de Jérusalem où ils vivaient, mais qu'en réalité ils ne connaissaient pas. Il était reçu avec tous les honneurs par les juifs, les catholiques et les musulmans. Il vendit des horloges à tout le monde, jusqu'à ce que tous ceux qui en avaient les moyens possèdent une horloge à coucou. L'activité horlogère prit fin lorsque le mufti de la ville s'adressa à lui : « Cher Conrad, mon fils et ses jeunes amis sont certes de braves garçons, mais ils n'ont pas l'instruction d'un homme du monde tel que vous. Accepteriez-vous de leur servir de précepteur, contre une rémunération convenable, bien entendu ?... »
Conrad se retrouva ainsi engagé dans une nouvelle carrière, comme précepteur des fils des riches de la ville. Il leur fit découvrir l'Europe, leur enseigna l'histoire et la géographie, et forma la génération suivante de dirigeants.
En 1851, Conrad Schick entra au service de la mission anglicane, sous la supervision de l'évêque Gobat. Ce fut une étape décisive dans sa vie, qui eut une influence sur son avenir. Pendant son service à la mission anglicane, la construction prit son essor à l'extérieur des murailles de la ville et il découvrit son talent pour l'architecture. Il conçut des écoles, des hôpitaux, des églises et des monastères. Il se chargea notamment de concevoir le quartier de Mea Shearim, des synagogues, des yeshivas et des demeures de riches, comme la maison du banquier Valero. Schick se fit connaître comme un grand architecte, qui appliquait des techniques novatrices à la conception et à la construction. Les bâtiments qu'il conçut se distinguaient par leur beauté et leur originalité, et son style se caractérisait par une alliance réfléchie et inspirée entre la majesté européenne et l'architecture moyen-orientale et ottomane.

Conrad Schick construisit également de belles maquettes précises du Mont du Temple et du Temple, et se consacra à la cartographie. Ses cartes restent aujourd'hui une source importante pour étudier l'état et le développement de Jérusalem à la fin du XIXe siècle.
En 1878, Schick publia son premier article scientifique dans la revue de la « Société allemande pour l'étude de la Terre d'Israël ». L'année suivante, il publia déjà un article dans une revue plus prestigieuse, celle du « Fonds britannique pour l'exploration de la Terre d'Israël ». En 1880, Schick décrivit la découverte suivante : « ... Alors qu'un de mes élèves descendait dans la partie sud du tunnel près du bassin de Siloé, il trébucha sur des éclats de roche et tomba dans l'eau. En se relevant, il remarqua sur la paroi rocheuse des signes qui ressemblaient à des lettres. Je me rendis sur place avec les outils nécessaires pour examiner cette découverte... On y trouve une inscription gravée sur une surface, en 8 ou 10 lignes... et, autant que j'aie pu en juger, les lettres sont phéniciennes. » Conrad Schick fut celui qui découvrit l'inscription de Siloé, l'une des inscriptions historiques les plus importantes de l'époque biblique.
La visite impériale et la maison Tabor
À cette époque, les relations entre les dirigeants turcs du pays et les Allemands étaient étroites, et l'empereur allemand Guillaume II devait se rendre dans le pays. Le mufti confia à Conrad Schick la responsabilité d'organiser la visite de son compatriote. Dans le cadre des préparatifs, Schick fut chargé de tracer la première rue à l'extérieur des murailles - la rue de Jaffa - qui jusque-là s'arrêtait devant la muraille et non devant une porte. Schick fut ainsi responsable de l'ouverture d'une brèche dans la muraille, près de la porte de Jaffa, afin que l'empereur puisse entrer dans la ville en carrosse. La visite de 1898 fut un immense succès... On construisit un camp pour l'empereur, avec une immense tente, à l'emplacement de l'actuelle rue des Prophètes. Neuf ans plus tôt, Schick avait construit sa maison dans cette même rue - la « Maison Tabor » - qui existe encore aujourd'hui.
En 1901, après cinquante ans de travail à Jérusalem et alors qu'il avait presque quatre-vingts ans, Conrad Schick mourut. Il fut enterré dans le cimetière protestant du mont Sion.








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