Entrepreneur et partenaire des premières entreprises industrielles modernes en Terre d'Israël, il était convaincu que l'avenir de la communauté juive se trouvait dans l'industrie et non dans l'agriculture, contrairement à ce que tout le monde pensait.
Les racines de la famille Wilbush
La famille de Nahum avait, à juste titre, la réputation d'être composée de fous. Son beau-frère Avshalom Feinberg écrivit alors à Rivka Aharonson : « Le frère de [Nahum] Wilbush, Mouza [Moshé] Wilbushevitz, a vendu un brevet et il est fou comme toute la famille. »
L'histoire de la famille commença avec Vilbois, le grand-père de Nahum. Vilbois était un officier français arrivé en Russie avec l'armée de Napoléon. Blessé au cours d'une bataille, il tomba amoureux de la fille du rabbin de la ville qui le soignait. Vilbois se convertit au judaïsme et changea son nom de famille en Wilbushevitz. Le couple eut un fils, Ze'ev (Wolf), le père de Nahum.
Ze'ev était un juif orthodoxe qui, enfant, étudia au heder et, adulte, à la yeshiva. Il épousa Sarah, une jeune femme très instruite et intelligente. Le couple vivait dans l'aisance et la richesse grâce à un héritage de terres et d'argent, et employait de nombreux travailleurs. Dès les premiers temps du mariage, avec la naissance des enfants, des tensions apparurent entre les époux au sujet de leur éducation : une instruction générale, comme le souhaitait la mère, ou une éducation religieuse, comme le souhaitait le père.
Quatre des huit enfants de Ze'ev et Sarah se suicidèrent. Leur fils Isaac émigra en Terre d'Israël lors de la Première Aliyah et fut membre du mouvement Bilu. N'ayant pas réussi à s'adapter au pays, il retourna en Russie pour servir dans l'armée, mais se suicida quelque temps plus tard. Leur fille Franya, qui avait elle aussi émigré lors de la Première Aliyah, était une romantique absolue. Après un amour déçu, elle retourna elle aussi en Russie et se suicida. Son mari était Yosef Hazanovich, l'un des fondateurs de la bibliothèque Beit Ne'eman, qui devint par la suite la Bibliothèque nationale. Anna aussi mit fin à ses jours. Mania Shohat, la sœur de Nahum, fut l'une des fondatrices des organisations Bar-Guiora et Hashomer, ainsi que l'une des fondatrices de Kfar Giladi ; elle tenta elle aussi de se suicider à plusieurs reprises. Son fils Gideon, l'un des premiers membres de l'armée de l'air, se suicida également.
Le premier enfant de la famille à arriver dans le pays fut l'aîné, Gedaliahu Wilbushevitz, ingénieur et architecte. Il émigra en 1892, dans le cadre de la Première Aliyah, mais retourna en Russie trois ans plus tard. En 1912, il revint et rejoignit son frère Nahum, qui avait émigré en 1903.
En 1919 arriva Moshé, considéré comme le génie de la famille Wilbushevitz. Il inventa le procédé moderne de fabrication de la margarine et mit au point le « pain vivant », fabriqué à partir de grains de blé germés moulus. Il aspirait à apporter la paix dans le monde grâce à des solutions alimentaires. Il aimait l'astronomie et prenait plaisir à observer les étoiles depuis l'observatoire qu'il avait construit sur le mont Scopus. Moshé commença à s'enrichir grâce à ses inventions. À la fin de la Première Guerre mondiale, alors qu'il se trouvait en Suisse, il rencontra Vladimir Lénine, qui lui proposa de rentrer avec lui en Russie par le train pour y faire la révolution. Moshé refusa et Lénine s'empara de ses biens en Russie.
Nahum en terre d'Israël
Nahum Wilbush, le benjamin, étudia dans une école polytechnique en Allemagne, où il obtint son diplôme d'ingénieur en construction. À la fin de ses études, en 1903, il retourna brièvement en Russie, puis partit pour la Terre d'Israël. Il épousa Shoshana Feinberg, fille d'Israel Feinberg, l'un des pionniers de Rishon LeZion, et sœur d'Avshalom Feinberg, membre du réseau clandestin Nili. Ce mariage rapprocha ainsi deux familles fondatrices.
En Terre d'Israël, il effectua une vaste tournée avec sa sœur Mania Shohat. Il mesura le débit des cours d'eau et vérifia s'ils pouvaient produire suffisamment d'énergie pour faire fonctionner une usine, après avoir appris qu'autrefois les moulins à farine étaient actionnés par la force de l'eau.
Nahum s'intéressait également au développement d'industries modernes qui permettraient de répondre aux besoins du pays et même d'exporter dans le monde entier. Il publia ses conclusions dans le journal sioniste russe Yevreyskaya Zhizn (« Vie juive »). Dans un article, il appela les entrepreneurs à venir dans le pays et à y créer des industries. Son appel trouva un écho : en Russie se forma un noyau d'entrepreneurs sionistes disposant de capitaux. Son frère Gedalia en faisait partie.
À cette époque, il se rendit en Ouganda pour le compte des institutions sionistes. Il devait déterminer s'il était possible d'y développer une industrie et d'y installer des Juifs. Sa recommandation fut sans appel : il était impossible de créer une industrie en Ouganda ! À ses yeux, le pays ne convenait absolument pas à l'implantation juive. Il sauva ainsi le mouvement sioniste naissant d'une scission imminente. Wilbush reprit le bateau pour la Terre d'Israël et, à bord, partagea sa table avec un major anglais plein d'esprit, de retour après avoir été prisonnier des Boers, nommé Winston Churchill.
À son arrivée, Nahum Wilbush se mit à chercher un endroit où construire une usine destinée à traiter le grignon d'olive, le résidu de la production d'huile. Il estimait qu'avec une technologie adaptée, on pourrait extraire du grignon davantage d'huile et une matière première pour fabriquer du savon. Il acheta un terrain au nord-est de Lod, près du village de Khaditha. Il redonna d'abord au lieu son ancien nom, « Hadid », puis le baptisa « Ben Shemen ». Il commanda les machines en Allemagne et, après deux années à suivre les travaux tout en dormant sous une tente, annonça aux investisseurs en Russie : « L'usine est en marche. »
La première année ne fut pas facile. Nahum réduisait les dépenses au strict minimum et était lui-même directeur, ouvrier et mécanicien. Un employé nommé Fraiman faisait office de magasinier, comptable, acheteur et commercial, et le produit fini, le savon, commença à se vendre. Malheureusement, l'usine n'était pas rentable et ferma après qu'un incendie s'y fut déclaré. La ferme de Ben Shemen fut créée à sa place et les machines furent transférées à Haïfa, où l'usine fut reconstruite.
Le choix de Haïfa n'était pas dû au hasard. À l'époque, le baron de Rothschild avait déjà déclaré : « Ce que Jérusalem est pour la religion juive et Tel-Aviv pour la culture hébraïque et l'esprit national, Haïfa le sera pour l'économie hébraïque. Haïfa deviendra le centre de notre industrie la plus importante et un avenir brillant s'ouvre à elle. » C'est dans ce contexte que fut créée l'usine d'huile et de savon Atid. Elle reposait sur les activités de Nahum Arman, arrivé de Russie, spécialiste de l'industrie du savon qui avait apporté avec lui son savoir-faire et du matériel. Les investisseurs Shmuel Pevzner, Shmuel Itskovitch et Tuvia Donia le rejoignirent. Ils achetèrent le matériel à Nahum Arman et commencèrent à fabriquer du savon et des huiles sous sa supervision. Nahum Wilbush, arrivé avec le matériel de Ben Shemen, se joignit à eux.

À propos de la création de cette usine, Ben Gourion écrivit en 1907 : « Le progrès ne se manifeste pas seulement dans les travaux des champs : l'industrie aussi se développe dans le pays. La société par actions Atid, dirigée par l'ingénieur Nahum Wilbushevitz, s'apprête à créer plusieurs usines en Terre d'Israël. Elle vient d'ouvrir à Haïfa sa deuxième usine de transformation de l'huile d'olive en savon. » La société Atid étant gérée sans contrôle rigoureux des dépenses et les salaires étant élevés, l'usine était déficitaire et ferma définitivement en 1910.
Nahum se considérait comme un pionnier marchant en tête du groupe, passant d'une usine à l'autre pour la remettre sur pied avant d'en confier l'exploitation à d'autres. Il rêvait de créer un consortium juif pour l'industrie, chargé de développer en Terre d'Israël des technologies économiquement viables. Il avait déjà compris que l'avantage du pays résidait dans une technologie industrielle fondée sur l'intelligence et le savoir-faire. C'est Nahum qui repéra le site où fut construite Nesher, la première cimenterie du pays, près de Haïfa, ainsi que celui de l'usine de briques de sable et de chaux Silikat, à Tel-Aviv.
La fondation de l'usine « Shemen »
Moshé, le frère aîné de Nahum, mit au point un procédé de solidification de l'huile, qui permit de fabriquer de la margarine. Il souhaitait créer une telle usine dans le pays et demanda à Nahum de se rendre à Saint-Pétersbourg pour travailler dans une usine de ce type. Nahum Wilbush y travailla pendant un an et demi, puis revint dans le pays en 1914, au début de la Première Guerre mondiale. Djemal Pacha le nomma ingénieur de la ville de Jérusalem. Il rénova le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa. Vers la fin de 1917, le réseau clandestin Nili fut découvert et, en raison de ses liens familiaux avec Avshalom Feinberg, son beau-frère, Nahum fut emprisonné pendant deux semaines.
En 1922, les frères Moshé et Nahum commencèrent à construire l'usine Shemen près de ce qui restait de l'usine Atid, à Haïfa. En 1924, le haut-commissaire Herbert Samuel inaugura l'usine. Un an après le début de sa construction, Nahum bâtit sa maison au 26, rue de Jérusalem, à Haïfa. Elle existe encore aujourd'hui. L'usine Shemen passa d'abord entre les mains de la chaîne Hamashbir Hamerkazi, puis de la société Koor.
Le bâtiment abrite aujourd'hui un musée consacré à l'industrie de l'huile d'olive au cours des 5 000 années durant lesquelles elle a constitué l'un des principaux secteurs économiques de la Terre d'Israël.
Jusqu'à sa retraite, à l'âge de 72 ans en 1951, Nahum fut le directeur opérationnel et technique de l'usine. Il se considérait comme l'un des ouvriers. Dans la cuisine de l'usine Atid, les ouvriers se relayaient pour servir les repas à leurs camarades, et Nahum faisait lui aussi partie du roulement. Lorsque le puits fut creusé, il descendit lui-même au fond du puits profond pour l'inspecter.
Nahum Wilbush mourut à l'âge de 92 ans et fut enterré à Hadera.





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