Il était l'une des branches d'un prestigieux arbre généalogique, fier d'une lignée de rabbins respectés. L'un des premiers enseignants et le plus remarquable des directeurs.

Yehouda Haïm Antebi Aujourd'hui, un enseignant entre en classe avec un programme défini et des plans de cours bien préparés, tandis que l'élève a ses livres, ses cahiers et parfois même un ordinateur. Tous deux, l'enseignant comme l'élève, parlent hébreu. Autrefois, l'enseignement dans les écoles s'accompagnait de nombreuses difficultés. Il n'y avait ni programme ni manuels scolaires. On trouve une belle description de cette époque dans le livre du peintre Nahum Gutman (1980-1898), qui raconte comment son père, enseignant au lycée de Tel-Aviv, s'appliquait la nuit à écrire les livres avec lesquels il enseignerait à ses élèves. Gutman décrivait également très bien les problèmes liés à la langue hébraïque. Il écrivait ainsi : « Dans les collines de sable, là où s'étend aujourd'hui la rue Allenby, les élèves se réunissaient le soir par groupes, en cercles, pour parler, raconter et débattre. Ils chantaient des chansons. C'est là, pour la première fois, au fil de débats sur des questions sionistes, que certains d'entre nous se firent théoriciens et affirmèrent que chaque langue possède des mots et des expressions qualifiés de grossiers. Ils exigèrent donc que l'on crée aussi des mots hébreux dans ce domaine. Par exemple, le mot “nad”, au sens de pet, d'après l'expression “outre gonflée”, ou le mot “zereg”, et je crois même que “zayin” était une de nos créations, tout comme “mashvits”. »

L'éducation ancienne et nouvelle

Jusqu'à la Première Aliyah (1881), l'enseignement dans le pays était exclusivement religieux et se dispensait au heder ou dans les yeshivot, selon l'âge. Avec l'arrivée des nouveaux immigrants, on ouvrit des heders améliorés ainsi que des écoles où l'on enseignait les matières profanes en plus des matières religieuses. À l'époque, ces matières étaient considérées comme un complément à la culture générale et à la formation professionnelle. L'objectif était que la génération suivante puisse subvenir à ses besoins sans dépendre de l'argent de la Halouka, venu de l'étranger et destiné à financer les étudiants des yeshivot.

Le passage de l'enseignement religieux à l'enseignement moderne s'accompagna de nombreux conflits. Pourtant, certains des défenseurs de l'éducation moderne venaient précisément de l'ancien Yichouv. Le plus célèbre d'entre eux était Yehouda Antebi.

Ses débuts d'enseignant

Yehouda Haïm Antebi naquit à Safed en 1878, dans une famille influente et nombreuse originaire de Syrie. Le nom de famille vient de la ville d'Anteb, dans le sud de la Turquie. Nombre de descendants de cette famille prirent part à la vie publique en Terre d'Israël. De nombreux livres et articles ont été consacrés à cette famille, une lignée de rabbins qui exercèrent pendant des générations dans la vieille ville d'Aram Tsova (Alep), en Syrie. Certains membres de la famille affirment être arrivés en Syrie après l'expulsion des Juifs d'Espagne (1492), mais il est plus probable qu'ils aient été des Moustaarabim, terme désignant les Juifs vivant dans la région, depuis l'époque du Premier Temple. À différentes périodes, certains membres de la famille, établis à Damas, Safed, Jérusalem, Tibériade, Le Caire, Beyrouth et Paris, furent rabbins de leurs communautés. Aujourd'hui encore, certains de leurs descendants sont engagés dans l'action sociale.

Yehouda Antebi grandit dans la pauvreté, mais aussi dans une grande richesse spirituelle, nourrie de récits et d'études religieuses. L'année même de sa naissance, des membres de l'ancien Yichouv sortirent de ses limites et fondèrent la colonie de Petah Tikva. Le souffle d'innovation et d'instruction qui commençait à se faire sentir toucha également Antebi, qui aspirait à enseigner, métier qu'il considérait comme une mission. Au début de sa carrière, il enseigna l'hébreu à l'école de la compagnie JCA à Rosh Pina. Yehouda Antebi était très différent des agriculteurs locaux. Il appartenait à l'ancien Yichouv, était religieux et séfarade, tandis que les agriculteurs locaux étaient ashkénazes, certains laïques, et se considéraient comme des pionniers de la modernité. Ces agriculteurs ashkénazes avaient du mal à accepter Yehouda Antebi, ce qui rendit son intégration d'autant plus difficile, comme il l'écrivit dans ses mémoires : « Le vendredi soir, après le repas, de vieux agriculteurs, parmi les notables de la colonie, s'asseyaient, joyeux et de bonne humeur, car c'était alors l'âge d'or du baron. Chaque personne recevait une allocation mensuelle, et les travailleurs un salaire spécial... Ils mangeaient et buvaient donc comme il se doit. Et boire, cela voulait dire boire du vin. Il était bien sûr très dangereux de tomber entre les mains de ces joyeux plaisantins... Et voilà qu'au fil de la conversation, le “Séfarade” fut évoqué. Moi, assis à l'écart, je me recroquevillai, effrayé par les flèches des moqueries de ces insouciants, car je connaissais leurs sentiments envers les Séfarades. Ils avaient même refusé de louer un logement dans leur quartier à moi, le professeur de leurs enfants, sans la recommandation du directeur... Au beau milieu de la conversation, des rires et des plaisanteries, l'un d'eux bondit et dit : “On raconte que le prochain administrateur de la colonie sera un Séfarade.” Un éclat de rire lui répondit... “Et si un jour le directeur de toutes les colonies était un Séfarade ? Qui sait si l'on ne nommera pas un Séfarade directeur de l'école ?”... Un compagnon somnolent, qui riait et se moquait avec les autres, ajouta avec un air d'importance et de suffisance : “Antebi...” Quelques semaines plus tard, toute cette bande se tenait sur la place près du bureau de l'administration, chapeau à la main et anxieuse, dans l'attente d'un invité de marque : le nouvel administrateur de la colonie, M. S. Un administrateur séfarade ! Quelques mois passèrent et une acclamation retentit dans la rue principale, remplie de monde. Parmi la foule se trouvaient des notables de la ville voisine et tous les représentants des colonies alentour. Tous étaient venus accueillir l'illustre visiteur arrivé de Paris, M. P., nommé directeur général de toutes les colonies, et qui était séfarade. Quelques années plus tard, les passants purent voir notre ami Antebi faire défiler les rangs d'élèves, une cloche à la main - privilège réservé au directeur. Et, comme chacun le sait, il était un pur Séfarade. »

Avec le temps, les agriculteurs découvrirent le diamant pur qui leur était échu et leurs relations avec lui évoluèrent jusqu'à l'admiration. La jalousie qu'ils éprouvaient pour son hébreu impeccable transparaît dans une lettre de Moshe Halevi à Shlomi, le fils de Yehouda Antebi : « À l'époque où Itzhak Epstein, le directeur et enseignant de l'école de Rosh Pina, créateur de l'hébreu galiléen, y travaillait, les enseignants se retrouvaient chez lui les soirs d'hiver pour passer la soirée autour d'un verre de thé, qu'ils se servaient eux-mêmes du samovar russe étincelant. Ils prenaient un morceau de sucre enveloppé dans du papier bleu foncé pour sucrer leur thé, puis s'exerçaient aux consonnes gutturales א, ה, ח, ע : “ענתבי” (et non “אנתבי”), “תה חם” (et non “תה כם”), “רעם וברק” (et non “ראם וברק”), etc. “מעיל ונעלי חורף” (et non “מאיל ונאלי חורף”) : ils exerçaient leur gorge avec ardeur [...] » Moshe Halevi raconte ensuite que le directeur Epstein proposa : « Que les enseignants séfarades racontent en ashkénaze-jargonnant (yiddish) une phrase ou une courte histoire à caractère éducatif et religieux, et que les enseignants ashkénazes répètent cette même histoire en arabe. »

À l'école de Rosh Pina enseignaient les meilleurs professeurs, avec Yehouda Antebi à leur tête. Les méthodes pédagogiques qu'ils y avaient mises au point attiraient des enseignants de tout le pays, venus apprendre comment enseigner, ce qui valut à l'établissement le surnom d'« université de Galilée ».

Yehouda Antebi devint un enseignant célèbre et admiré. Il enseigna et dirigea les écoles de la compagnie JCA à Rosh Pina, puis à Yavne'el. Lorsqu'il décida de quitter Yavne'el, les habitants tentèrent par tous les moyens de le faire changer d'avis. Le matin de son départ de la colonie, de nombreux habitants et élèves l'accompagnèrent, les larmes aux yeux.

Ses années à Kfar Tavor

Il passa la majeure partie de sa carrière d'enseignant à Kfar Tavor, où il travailla pendant 15 ans à partir de 1910. Dès son arrivée, il se fit une place dans le cœur des habitants en sauvant la colonie d'une vendetta. Quelque temps avant son arrivée, un voleur de la tribu des Dalaika, des Bédouins installés près de la colonie, s'était introduit à Kfar Tavor. Ce genre d'incident était courant, mais ce soir-là, le voleur tomba sur un agriculteur déterminé, qui lui tira dessus et le tua. Pour les Bédouins, le vol ne justifiait pas un meurtre. Ils voulurent donc venger sa mort et tuer un membre de la famille du tireur, ou n'importe quel autre habitant de la colonie. Yehouda Antebi, qui parlait arabe et connaissait leurs coutumes, décida de prendre un risque. Il se rendit chez le cheikh et lui expliqua que personne dans la colonie n'avait voulu tuer le voleur, mais seulement le faire fuir. Comme le dit le proverbe bédouin, “le hasard est aveugle”. Puisqu'ils étaient les fils d'un même père et des voisins, il convenait de faire la paix et de conclure une sulha. C'est ce qui arriva. Lorsqu'on lui demanda d'où lui venait le courage d'aller seul chez le cheikh, il répondit en souriant : « Je comptais sur les traditions d'hospitalité des Bédouins et sur le fait que les messagers accomplissant une bonne action ne sont pas frappés par le malheur. »

Yehouda Antebi modifia le programme scolaire de Kfar Tavor. Il instaura des prières à l'école et créa un jardin d'enfants. Pendant qu'il y enseignait, il fut également le précepteur de la famille Peikovitch (Alon). Parmi ses élèves figuraient Moshe Alon et son jeune frère Yigal Alon, l'un des commandants du Palmach, général de Tsahal et ministre dans les gouvernements israéliens.

Yehouda Antebi concevait largement son rôle de directeur et aspirait à instaurer des normes qui semblent aujourd'hui évidentes, mais qui étaient alors révolutionnaires. Il exigeait que l'école soit propre et bien rangée, et nommait un employé chargé de veiller à cela. Il créa une bibliothèque, car, disait-il, « la lecture mène à l'instruction, grâce à laquelle le jeune agriculteur développera son intelligence et saura quels sont les meilleurs moyens de faire prospérer le travail ». À Yesod HaMa'ala, il demanda que l'on enseigne une langue étrangère, car « l'absence d'enseignement d'une langue étrangère oblige certains fils d'agriculteurs à dépenser beaucoup d'argent pour envoyer leurs propres fils étudier dans des écoles de Safed, afin qu'ils puissent y apprendre le français. D'autres envoient leurs fils dans les écoles arabes du village voisin de Yesod HaMa'ala, afin qu'ils y apprennent l'arabe avec les enfants arabes ».

Lorsque les membres des deuxième et troisième Aliyot apportèrent avec eux l'esprit laïque, il insista sur l'importance des études religieuses et de la prière à l'école, car « la religion est naturelle au peuple d'Israël et lui est liée depuis qu'il est devenu un peuple par sa Torah ». Il avançait également un argument économique concret, qu'il pensait plus convaincant : « Si l'école ne s'occupe pas de l'enseignement de la religion, les pères s'y opposeront fermement, ce qui nuira au développement de l'école et favorisera la création de heders à l'ancienne. »

Yehouda Antebi s'opposait aux punitions corporelles et à toute forme de punition qui humiliait les élèves turbulents : « Je pense que tout enseignant qui entreprend d'éduquer doit se comporter comme un artisan attentif, soucieux du développement du corps et de l'esprit de l'élève à la fois, et ne doit pas affaiblir ou réprimer l'un au profit de l'autre... Ne nous réfugions pas derrière la formule creuse “des sauvages sans éducation” pour nous décharger de notre devoir de les éduquer... On peut faire une remarque à chacun en particulier, sans lui faire honte devant ses camarades. »

Yehouda Antebi savait combien le métier d'enseignant était épuisant, et il le déplorait : « Il est dommage que l'enseignant fatigué, qui travaille dans des conditions si difficiles, ne puisse accorder davantage d'attention à l'individualité de ses élèves. » Conscient des dégâts que causait ce métier, il soulignait qu'il fallait investir dans les enseignants : « La situation matérielle des enseignants... exige une attention et un intérêt extérieurs... Les enseignants accomplissent un travail qui non seulement n'allongera pas leur vie, mais les privera, à la fin de leurs jours, des qualités que la nature leur a données. Ils souffrent de maux de gorge, ont le cœur fragile, sont nerveux ou atteints de tuberculose pulmonaire... Sachant le grand sacrifice qu'ils font sur l'autel de l'éducation, je considère qu'il est du devoir moral de l'administration de veiller sur eux... et de s'efforcer d'augmenter leur salaire afin qu'ils puissent mener une vie meilleure et plus aisée. »

Yehouda Antebi entretenait de bonnes relations de voisinage avec la famille de Dov Hershkovitz. Antebi et Hershkovitz étaient de bons amis. Par hasard, ils avaient le même nombre d'enfants, et leurs enfants avaient les mêmes âges. Quand Antebi sortait de chez lui et voyait Hershkovitz appuyé contre la porte, il le saluait le premier et lui lançait malicieusement : « Bonjour, monsieur Hershkovitz ! Et si on faisait encore un enfant ? »

Safed et ses dernières années

Lorsqu'il termina son travail à Kfar Tavor et retourna à Safed, sa ville natale, les membres de la colonie et des générations d'élèves qui l'aimaient et l'admiraient l'accompagnèrent avec tristesse, comme cela s'était produit lorsqu'il avait quitté Yavne'el. À Safed, il dirigea l'école de filles Mizrahi et avait désormais un peu d'argent, ce qui lui permit de louer une belle maison dans les rues les plus hautes de la vieille ville.

En plus de l'enseignement, Antebi s'engagea au service de la communauté. Il présida le comité de la communauté séfarade de Safed et siégea au conseil municipal. Sa connaissance de la langue arabe et de la mentalité arabe inspira confiance aux Arabes, qui venaient lui demander de trancher leurs différends en tant que cadi local, indépendant et impartial.

Après avoir dépassé l'âge de soixante-dix ans, Yehouda Antebi fut victime d'un accident vasculaire cérébral et s'installa dans un petit appartement à Tel-Aviv, près de ses filles, qui prenaient soin de lui. Il mourut en juin 1949, à l'âge de 72 ans. Il laissa derrière lui de nombreux élèves remarquables, dont le plus célèbre était Yigal Alon. Le musée Yigal Alon, à Kfar Tavor, présente des extraits de son journal consacrés à l'enseignant qui eut une si grande influence sur lui.