Elle a fondé une localité en Palestine, lutté pour toutes les femmes et combattu la corruption des fonctionnaires ainsi que le fossé qui les séparait des ouvriers.
De la visite au pays à l'alyah
En 1908, Yehuda Leib et sa sœur Odil se rendirent en Palestine. Ils visitèrent les nouvelles colonies de Rishon LeZion, Rehovot et Ness Ziona, puis poursuivirent leur voyage vers les lieux saints de Jérusalem. À la suite de cette visite, Odil changea de prénom pour s'appeler Ada et décida de partir pour la terre d'Israël. En préparation de ce départ, elle commença à étudier pour devenir enseignante. Dès son plus jeune âge, elle se distingua par sa vivacité d'esprit et sa langue acérée. Curieuse, autodidacte et charismatique, cette jeune fille savait entraîner les autres à défendre ses objectifs.
Elle s'installa d'abord à Jérusalem, puis partit travailler dans l'institution orthodoxe « Frankfurt », à Petah Tikva. Elle comprit alors que le mode de vie orthodoxe ne lui convenait pas et qu'elle resterait religieuse, comme elle l'avait toujours été. Dans l'une de ses lettres, son frère écrivit : « Elle ne peut supporter la crainte de Dieu. »
La mission à Safed
Le niveau d'enseignement étant faible à Safed, quelque 150 jeunes filles juives furent contraintes d'étudier dans l'école de la mission chrétienne. En 1914, on demanda à Ada de contribuer à trouver une solution. Elle s'adjoignit Fruma Makler, comme elle l'écrivit : « Nous savions qu'une grande tâche nous incombait : enseigner la Torah aux enfants de Safed. » Pour Ada, cette mission était une entreprise pionnière : elle lui permettrait de promouvoir l'hébreu, de jeter des ponts entre les habitants et de faire progresser la condition des femmes au sein de la communauté religieuse. Ainsi, malgré le risque de perdre son emploi, elle défendit le droit des femmes à participer au pèlerinage en l'honneur de Rabbi Shimon bar Yohaï, à Lag BaOmer : « On nous raconta que, depuis le drame survenu quelques années auparavant (en 1911), lorsque les murs d'enceinte de Meron s'étaient effondrés et avaient causé la mort de plusieurs personnes, les orthodoxes de Safed affirmaient que le drame avait eu lieu parce que des hommes et des femmes s'étaient rendus ensemble à Meron, ce qui relevait, selon eux, de la débauche. Ils avaient donc proclamé un interdit religieux et interdit sévèrement aux femmes de se rendre à Meron. Lorsque nous l'apprîmes, nous fûmes bouleversées. J'annonçai clairement et sans équivoque que je monterais à Meron malgré l'interdit. Nos rares amis de Safed, notamment les employés de la succursale de l'Anglo-Palestine Company (APC), le pharmacien et d'autres, avec à leur tête M. Karniel (président du comité de l'école), m'avertirent que je risquais ainsi de provoquer la ruine de l'école hébraïque, qu'ils avaient tant travaillé à établir... À notre arrivée à Meron, nous nous mêlâmes à nouveau à la foule. Nous remarquâmes que les orthodoxes qui s'approchaient de nous reculaient avec dégoût, comme s'ils avaient rencontré quelque chose d'impur. Nous étions trois femmes parmi des milliers d'hommes... Nous nous dirigeâmes vers une maison et entrâmes dans une grande pièce. J'entrai la première. Un seul Juif se trouvait dans la pièce, un homme aux longues papillotes. En me voyant, il fut bouleversé, se prit la tête à deux mains et se mit à courir dans tous les sens en criant : “Anathème, une femme ! Anathème, une femme !...” Nous rentrâmes à Safed saines et sauves. Or, cet épisode ne nous valut ni d'être renvoyées ni la destruction de l'école. Les habitants de Safed comprirent qu'il valait mieux passer l'affaire sous silence. Dès lors, l'interdit fut complètement levé et les femmes de Safed se rendirent chaque année à Meron pour profiter des festivités de Lag BaOmer, sans incident ni cri. »
Odil Fishman Maimon naquit en 1893 en Bessarabie (qui faisait alors partie de l'Empire russe), dans une famille religieuse et sioniste fière de descendre de Maïmonide. C'est pourquoi sa famille ajouta le nom de Maimon à son nom de famille, Fishman. Elle grandit en écoutant des récits sur la terre d'Israël et buvait avidement chaque histoire qui lui parvenait des nouvelles colonies. Elle lisait les journaux du pays et aspirait à devenir pionnière en terre d'Israël. En 1908, elle prit la parole lors d'un rassemblement sioniste à Markulesti, en Bessarabie, et impressionna tant son auditoire qu'on dit d'elle : « Elle a une tête d'homme » - ce qu'elle ne dut sans doute pas prendre pour un compliment. Par la suite, elle rejoignit l'association des « Filles de Sion ».
Du pionnierisme agricole aux luttes ouvrières
Son action à Safed et le succès de la création de l'école la firent connaître du grand public. À l'été 1914, elle retourna à Tel-Aviv et reçut plusieurs propositions d'emploi. Se considérant comme une véritable pionnière, Ada cherchait du travail dans l'agriculture, un domaine alors associé à l'idéal pionnier. La Première Guerre mondiale faisait rage et le nombre d'emplois disponibles diminuait ; les premières touchées furent les femmes. Ada rejoignit alors le parti Hapoel Hatzaïr, l'un des deux partis ouvriers fondés par les membres de la deuxième Alyah. Elle s'essaya au travail de la cueillette à Ness Ziona, mais celui-ci ne dura que deux semaines : les sauterelles qui ravagèrent le pays frappèrent les agriculteurs et interrompirent le travail.
À Pessa'h 1917, alors que les Britanniques avançaient vers la terre d'Israël, Djemal Pacha, commandant du front de Palestine de l'armée turque, décida d'expulser quelque 9 000 habitants de Tel-Aviv, qu'il considérait comme une cinquième colonne. Après son expulsion, Ada partit pour la colonie de Yavne'el et, avec d'autres femmes expulsées, s'organisa en groupes de travail. À la fin de la guerre, elle consacra toute son énergie et tout son temps à organiser ses camarades ouvrières et les femmes en général, dont elle connaissait la détresse et avec lesquelles elle était solidaire.
À l'été 1918, un conflit éclata dans le verger de Goldberg, non loin de Tel-Aviv, entre le contremaître et les femmes qui y travaillaient. Le travail au verger était saisonnier et le contremaître prétendait que, le travail d'élagage n'étant pas nécessaire, elles étaient employées par compassion et que leur salaire était en réalité une aumône. Ada lança la lutte et fit arrêter le travail au verger de Goldberg. Dans le même temps, elle et les femmes conclurent un contrat de travail avec les agriculteurs de Be'er Ya'akov, partisans du travail juif. Mais les femmes ne se présentèrent pas et Ada recruta rapidement des ouvrières du quartier yéménite voisin. Elles répondirent à son appel et arrivèrent à pied à Be'er Ya'akov, après sept heures de marche. Lorsqu'ils comprirent que les ouvrières étaient yéménites, les agriculteurs décidèrent de modifier les conditions du contrat et de les payer moins que ce qui avait été promis aux ouvrières ashkénazes. Le temps pressant et la récolte étant menacée, ils finirent par céder aux exigences d'Ada, qui leur expliqua qu'il n'y avait aucune différence entre les Yéménites et les Ashkénazes. Par la suite, Ada participa à la conférence des Yéménites en tant que représentante du camp ouvrier et négocia dans d'autres conflits du travail où l'on tentait d'exploiter les travailleuses.
En 1919, Ada quitta le travail de la terre pour un poste administratif à la trésorerie de l'organe de presse de son parti, Hapoel Hatzaïr. Elle travailla avec Y. H. Brenner et Yosef Sprinzak. « Le travail qu'on me propose est bien plus important que celui que je fais au verger », se justifia-t-elle en passant de l'agriculture au travail de bureau.
L'une des initiatives importantes auxquelles Ada prit part fut la création d'une ferme-école pour ouvrières à Mikvé-Israël, sur le modèle de la « ferme des jeunes filles » établie dans la cour de Kinneret, où des femmes apprenaient l'agriculture. Le projet se heurta à plusieurs difficultés : les élèves seraient-elles célibataires ou mariées ? Les dirigeants de Mikvé-Israël accepteraient-ils d'employer des ouvrières ? Quel serait leur salaire ? On finit par convenir d'un contrat de travail d'un an (1918-1919), avec possibilité de le prolonger. Le contrat ne fut certes pas renouvelé, mais Ada réalisa son rêve de créer une ferme pour ouvrières.
Lorsqu'elle comprit qu'elle avait elle aussi besoin d'une formation agricole, elle décida de partir étudier en Hollande. Elle se rendit d'abord à Londres, où elle séjourna environ deux mois en raison des réunions du comité exécutif sioniste, puis partit à Paris pour participer aux activités du parti pendant dix jours. En Hollande, elle essuya une grande déception : les agriculteurs chez qui elle devait travailler refusèrent de l'employer parce qu'elle était une femme, et elle rentra au pays.
Son travail auprès des ouvrières et sa connaissance de la communauté yéménite la poussèrent à créer une organisation qui les représenterait au sein de la Histadrout, qui venait d'être fondée. Cette organisation définirait ce qu'est une ouvrière et lutterait pour ses droits et pour l'égalité de son salaire avec celui des hommes.
Un autre rêve d'Ada était de créer une localité agricole où les femmes apprendraient l'agriculture, cultiveraient la terre, subviendraient à leurs besoins et généreraient des bénéfices. Elle présenta dans le journal du mouvement des travailleuses cette idée, qui avait mûri dans son esprit dès 1923, mais certaines questions restaient en suspens : où la localité serait-elle établie ? Quelle serait sa taille ? Combien de temps durerait la formation des ouvrières ? Elle soumit sa proposition pour la première fois en public lors d'une conférence de WIZO. En 1928, Mme Selma Marguerite Margulies, présidente de WIZO Roumanie, annonça que la Histadrout financerait la localité durant ses quatre premières années.
Le rêve devint réalité et la ferme forma et fournit du travail à des centaines de femmes. La vie à la ferme n'était pas facile, comme le disait Ada : « Leur sort n'est pas à envier. » Ada critiqua vivement les différentes institutions : « Le sionisme n'a même pas rempli une partie de ce qui lui incombait envers les milliers de pionnières qui montent au pays avec le désir ardent de consacrer toute leur énergie au travail de construction... Il n'a pas créé les conditions adéquates qui permettraient à des milliers de pionnières de se préparer au travail dans des institutions de formation, ni atténué les difficultés de leur adaptation aux différentes formes de travail. »
Au début de 1932, le premier groupe de stagiaires arriva à la ferme : douze femmes, parmi lesquelles Ada et sa sœur. Ada décrivit le premier shabbat à la ferme : « Nous nous sommes toutes réunies, à la lumière d'une petite lampe à pétrole, autour d'une table rudimentaire recouverte d'une nappe blanche et ornée de fleurs sauvages de notre terre ; il y avait aussi une bouteille de vin et un gâteau, provisions de route offertes par le Conseil des travailleuses. » Ada noua de bonnes relations avec les habitants des villages arabes des environs et reçut le titre respectueux de « cheikha Ada ». Au fil du temps, la ferme s'agrandit et son inauguration officielle fut fixée à avril 1932, le jour où fut planté le premier arbre à agrumes du verger. Ada donna au lieu le nom d'« Einot », en référence aux deux sources qui s'y trouvaient.
À l'occasion de la cérémonie d'inauguration, Shaul Tchernichovsky écrivit un poème :
De délicates jeunes filles, exilées de leurs pays,
Répandent fraîcheur et paisible quiétude,
Elles se dispersent parmi les sillons d'Einot,
Pour être confiées à des mains expertes,
Et Ada et son ombre sont pour elles des images,
Les ouvrières connurent de nombreuses difficultés : la chaleur, de faibles revenus et, surtout, de graves fièvres paludéennes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ferme des ouvrières devint une école agricole qui accueillit des groupes de jeunes réfugiés ayant survécu aux camps d'extermination, ainsi que des réfugiés de Syrie, de Turquie, de Grèce, de Bulgarie et d'autres pays. L'école d'« Einot » est encore aujourd'hui une école agricole.
Écriture, politique et héritage
Ada comprit que cette période était importante dans l'histoire du peuple juif et qu'elle-même contribuait à la façonner. Parallèlement à ses activités agricoles et éducatives, elle se mit à écrire et publia en 1929 un livre intitulé « Le mouvement des travailleuses en terre d'Israël, 1904-1929 », une sorte d'historiographie accompagnée de données sur l'évolution de l'activité économique et politique des travailleuses dans la communauté juive. Le livre fut écrit en hébreu et traduit en yiddish, en allemand et en anglais.
Le dernier chapitre de la vie d'Ada fut consacré à l'action politique. En 1930, le parti Mapai fut fondé ; Ada le rejoignit et estima que le parti avait le devoir moral de créer les conditions permettant aux femmes de participer à tous les domaines de la vie. Dans les années quarante, elle milita avec énergie sur plusieurs fronts : au village d'« Einot », au sein du parti Mapai, de la Histadrout, du mouvement des travailleuses, de la direction de WIZO et des institutions nationales, le tout durant l'une des périodes les plus tumultueuses de l'État en devenir. Ada s'occupa également de l'un des enjeux les plus importants de l'époque, la question de l'immigration en terre d'Israël, et fut nommée cheffe du département de l'immigration de la Histadrout. Après la création de l'État, elle fut députée du Mapai à la première et à la deuxième Knesset. Elle présenta plusieurs projets de loi importants, notamment l'élévation de l'âge légal du mariage pour les femmes (après avoir constaté que les Yéménites avaient coutume de marier leurs filles très jeunes), la loi sur l'égalité des droits de la femme et la conscription des femmes dans Tsahal. Sur ces questions, Ada représenta toutes les femmes de Palestine-Eretz-Israël, juives et arabes, ainsi que les femmes de toutes les communautés. Elle se consacra également à la probité et à l'intégrité des fonctionnaires. Elle s'opposa à l'augmentation des salaires des députés, estimant qu'ils n'étaient pas au-dessus du peuple et qu'en tant qu'élus, ils devaient considérer leur travail comme une mission. Elle s'opposa aussi à la loi sur l'immunité parlementaire. Ada refusa les augmentations de salaire auxquelles elle avait légalement droit et versa à l'État les sommes accumulées en sa faveur.
Durant ses dernières années, Ada Fishman Maimon vécut dans « un abîme d'amertume », selon le témoignage d'une amie. Le monde avançait, de nouvelles activités du parti apparaissaient et la laissaient en arrière. Ada mourut le 8 octobre 1973. Elle ne se maria jamais, par choix idéologique féministe, et mourut sans enfant. Elle fut enterrée à Degania Bet.
Dans son testament, elle demanda qu'aucune localité, rue ou maison ne porte son nom ; c'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles son action a disparu de notre mémoire. Malgré sa demande, une salle d'« Einot » porte son nom. Celle qui lui rendit justice et mit son histoire en lumière est Bat Sheva Margalit Stern, qui écrivit sa biographie, intitulée « Révolutionnaire », un titre qui décrit parfaitement la nature d'Ada Fishman Maimon.





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