Il y a quelques semaines, j'ai écrit sur Douglas Bader http://bit.ly/2KaObpT, le pilote sans jambes qui combattit courageusement la Luftwaffe, l'armée de l'air de l'Allemagne nazie. Cette semaine, nous changeons de camp pour raconter l'histoire de l'un des pilotes de la Luftwaffe, un pilote hors du commun, qui inspirait un grand respect professionnel aux pilotes alliés. « Le gamin », « le démon noir », « le chevalier blond », « le diable noir » : ce ne sont que quelques-uns des surnoms qu'on lui donna.

Erich Alfred Hartmann

L'enfance et le lien avec le vol

Je commencerai par préciser que, bien que nous ayons le même nom de famille et que nos prénoms commencent par la même lettre, et bien que nous partagions également le domaine de l'aviation, nous n'avons aucun lien de parenté. Il appartenait aux forces nazies et, moi, j'ai eu la chance de descendre d'une branche isolée de la famille qui est arrivée en Palestine mandataire lorsque Hitler est arrivé au pouvoir. Toutes les autres branches de l'arbre généalogique, y compris le tronc, ont été exterminées par les nazis et leurs complices. Erich Hartmann est né en avril 1922 dans le Wurtemberg, en Allemagne, d'un père médecin et d'une mère, Elisabeth Wilhelmina, qui fut l'une des pionnières du vol à voile. Il a hérité de sa mère son amour du vol. Elle était son instructrice de planeur ; c'est auprès d'elle qu'il apprit les vents et les courants thermiques, ainsi que leur influence sur le planeur. Elle lui enseigna le profil d'une aile et la formule de la portance, et lui expliqua comment tout cela se traduisait en vol. Lorsqu'Alfred réussit à maîtriser le planeur, il était tout naturel qu'il passe à l'avion.

Photos de cette histoire: אריך הרטמן
וייסאך שבווירטמברג, עיר הולדתו של אריך הרטמןצילום: Giftzwerg 88, CC BY-SA 3.0, ויקישיתוף

Les combats aériens sur le front de l'Est

En 1936, sa mère fut l'une des fondatrices d'une école de pilotage, où Hartmann, alors âgé de 14 ans, travaillait comme instructeur de vol. En janvier 1942, il s'engagea dans l'armée de l'air allemande, la Luftwaffe. Trois mois plus tard, il obtint le grade de Leutnant (sous-lieutenant) et, le 20 août, il avait terminé sa formation de pilote sur Messerschmitt Bf 109, le principal avion de chasse de la Luftwaffe.

En octobre 1942, Hartmann fut affecté à une escadrille de chasse allemande stationnée sur le front de l'Est.

Le commandant de l'escadrille, le major Hubertus von Bonin, le plaça dès ses premiers jours sous la supervision de l'Oberfeldwebel (sergent-chef) Alfred Grislawski. Après quelques jours d'entraînement et de simulation de combats aériens, Grislawski déclara que, même si Hartmann avait encore beaucoup à apprendre en matière de tactique aérienne, il montrait de bonnes aptitudes au pilotage.

Sa première mission eut lieu le 14 octobre 1942. Il la décrit ainsi dans sa dernière interview, donnée en 1993 : « Eh bien, Rossmann et moi étions en vol, et Rossmann a signalé avoir repéré dix avions ennemis sous nous. Nous étions à 12 000 mètres d'altitude et l'ennemi se trouvait bien en dessous. Je ne voyais rien, mais j'ai suivi Rossmann, puis nous les avons rejoints... J'ai mis les gaz à fond et laissé Rossmann tirer sur un avion. Mes tirs l'ont manqué et j'ai failli percuter l'appareil. Soudain, je me suis retrouvé entouré de Soviétiques. J'ai viré pour me cacher dans un nuage bas et leur échapper. En plus, le voyant d'alerte de carburant s'est allumé. Je savais que j'étais dans le pétrin. J'avais enfreint tous les ordres de l'armée de l'air et je m'attendais à être renvoyé. Finalement, j'ai été condamné à trois jours de corvées avec les équipes au sol. Cela m'a donné le temps de réfléchir à ce que j'avais fait. »

Hartmann remporta sa première victoire contre un avion soviétique le 5 novembre 1942, puis en ajouta une autre à son palmarès avant la fin de l'année.

En juillet 1943, Hartmann abattit sept avions soviétiques lors de la bataille de Koursk. En août 1943, il avait atteint 50 victoires et, au cours du même mois, en ajouta 48 à son palmarès. Il fut promu au grade de Hauptmann (capitaine) et, en août 1943, après que son avion eut été abattu, il fut fait prisonnier par les Soviétiques. Il réussit toutefois à échapper à ses ravisseurs et à regagner les lignes allemandes. Il raconte l'événement ainsi : « J'ai senti que quelque chose avait frappé mon avion. J'ai effectué un atterrissage d'urgence dans un champ et j'ai aussitôt été capturé par des soldats soviétiques. J'ai fait semblant d'être gravement blessé. Ils m'ont cru et m'ont allongé sur une civière qu'ils ont chargée sur un camion. Au cours d'une attaque, le gardien est descendu pour se mettre à l'abri ; j'en ai profité pour sauter du camion. Je me suis retrouvé dans un vaste champ de grands tournesols, où j'ai essayé de me cacher tout en courant. Ma fuite a été découverte et ils se sont mis à me poursuivre et à tirer sur moi. J'ai trouvé un petit village occupé par les Russes et m'y suis caché jusqu'à la nuit. Je me suis réveillé pendant la nuit et j'ai commencé à suivre la patrouille russe. La patrouille a disparu derrière la colline, puis j'ai entendu des coups de feu. C'était le signe que j'étais près de la frontière allemande. J'ai attendu le retour de la patrouille russe et j'ai essayé de franchir les lignes pour rejoindre le territoire allemand. Alors que je tentais de passer, une sentinelle allemande m'a tiré dessus et m'a déchiré la jambe. » Après une courte convalescence, Hartmann reprit les airs et, en octobre 1943, abattit 33 autres avions soviétiques. Après avoir remporté 148 victoires au total, il reçut la croix de chevalier des mains d'Hitler. À la fin de l'année, son total de victoires atteignait déjà 159.

En mars 1944, Hartmann avait remporté 202 victoires. Le commandement soviétique mit sa tête à prix pour 10 000 roubles, et les pilotes soviétiques connaissaient son indicatif radio : « Karaya 1 ». Une tulipe noire était peinte sur son avion. Les pilotes soviétiques, qui reconnaissaient son emblème, commencèrent à fuir les combats aériens lorsqu'ils le voyaient. Pour cette raison, l'avion fut confié à de jeunes pilotes : le simple fait de voler à bord de cet appareil dissuadait les pilotes ennemis de les affronter.

Hartmann remporta sa 300e victoire le 24 août 1944, après avoir abattu 11 avions ce jour-là. À la suite de cet exploit, Hermann Göring, commandant de la Luftwaffe, l'interdit de vol, car il craignait que Hartmann soit abattu au cours d'un combat aérien, ce qui aurait un effet négatif sur le moral des pilotes. Toutefois, à force de protestations, Hartmann réussit à reprendre son service comme pilote de chasse.

Au début de 1945, Adolf Galland - as allemand avec 103 victoires et général de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale - proposa à Hartmann de rejoindre la première escadrille allemande d'avions à réaction, mais celui-ci refusa et insista pour rester dans son unité. À la fin de la guerre, Hartmann et son unité se rendirent à l'armée américaine. À la fin de la guerre, Alfred Hartmann avait acquis le titre de pilote le plus victorieux de l'histoire, avec 352 victoires. Pendant la guerre, il effectua 1 404 missions opérationnelles, livra 825 combats aériens, effectua 14 atterrissages d'urgence, fut fait prisonnier une fois et réussit à s'évader. En août 1944, il fut décoré de la croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne, glaives et diamants, l'une des plus hautes distinctions de l'Allemagne nazie, qui ne fut décernée qu'à 27 combattants. À la fin de la guerre, il comptait parmi ses décorations la croix de chevalier, la croix de fer de première classe, la croix de fer de deuxième classe et la croix allemande en or.

352 avions : un nombre inconcevable. C'est à peu près la moitié du nombre total d'avions de l'armée de l'air israélienne actuelle, et environ 100 % de l'ensemble des avions de chasse de l'armée de l'air française. Plusieurs raisons ont permis à Hartmann d'atteindre ce chiffre incroyable : Jusqu'à la fin de 1941, les Allemands jouissaient d'une nette supériorité sur les pays qu'ils attaquaient. La tactique que Hartmann avait mise au point, « voir - décider - attaquer - décrocher », fonctionnait très bien pour l'armée de l'air allemande. Selon Hartmann, la plupart des pilotes qu'il abattait ne savaient ni ce qui les avait attaqués ni d'où venait l'attaque. Hartmann disposait ainsi d'une supériorité absolue, tant en nombre qu'en qualité.

Au début de 1942, la Royal Air Force britannique commença à bombarder le territoire allemand. Les raids se faisaient en formations gigantesques, qui comptaient parfois plus de mille avions. Pour les pilotes de chasse allemands, c'était une véritable « fête ». Le phénomène s'intensifia après l'entrée en guerre des Américains. Les pilotes de la Luftwaffe n'avaient pas de mal à intercepter les avions ennemis, surtout les grands bombardiers lourds, chargés à ras bord de carburant et de bombes. Les pilotes de chasse alliés devaient voler loin pour avoir une chance de rencontrer des avions ennemis, tandis que les pilotes de la Luftwaffe trouvaient des combats aériens en permanence à leur porte, et en quantité énorme.

Une autre raison, tout aussi fondamentale, était la grave pénurie de pilotes allemands, qui s'aggrava à mesure que la guerre se prolongeait. Chaque pilote effectuait donc un nombre de missions considérable par rapport aux autres pilotes de l'époque. Cela n'enlève rien aux capacités ni au savoir-faire des pilotes de la Luftwaffe, mais permet d'expliquer le nombre de victoires qu'ils parvinrent à revendiquer.

La captivité et l'acquittement tardif

Après sa capture, Hartmann fut remis aux Soviétiques par les Américains. Il fut accusé et jugé pour crimes de guerre, et subit de mauvais traitements en captivité. Malgré cela, il refusa de reconnaître sa culpabilité. Les autorités soviétiques échouèrent dans leurs tentatives de le faire passer dans le camp communiste. Pendant sa captivité, son fils de trois ans mourut. Hartmann ne l'avait jamais rencontré...

En 1955, après dix ans et demi de captivité soviétique, Hartmann fut libéré et rentra en Allemagne de l'Ouest. Il rejoignit la nouvelle armée de l'air ouest-allemande et servit dans la première escadrille allemande composée exclusivement d'avions à réaction. Afin de remettre ses compétences à niveau et de s'entraîner sur les nouveaux avions américains de l'armée de l'air allemande, il fut envoyé aux États-Unis pour une période d'entraînement.

En 1996, trois ans après sa mort, Hartmann fut disculpé par la Russie des accusations de crimes de guerre, et il fut reconnu que sa condamnation était illégale.