C'est une histoire qui m'émeut à chaque fois comme si c'était la première. C'est l'une des guerres les plus justes qui soient, une guerre pour laquelle j'aurais été prêt à risquer ma vie et à me battre, et peut-être beaucoup d'entre vous aussi.

La rencontre avec l'esclavage

Voici l'incroyable histoire d'une petite femme qui a provoqué une grande guerre - l'histoire de

« C'était un homme cruel. De longues années comme propriétaire d'esclaves l'avaient endurci. Parfois, on aurait dit qu'il prenait le plus grand plaisir à fouetter les esclaves de ses propres mains. Bien souvent, à l'aube, j'étais réveillé par les cris déchirants de ma tante, qu'il avait l'habitude d'attacher à une poutre de bois et de fouetter sur le dos nu jusqu'à ce qu'elle soit couverte de sang. Les paroles, les larmes et les prières de sa victime ensanglantée ne parvenaient pas à détourner son cœur de pierre de son dessein meurtrier. Plus elle criait, plus il la frappait fort, et là où le sang coulait le plus abondamment, il la fouettait plus longtemps. Il la fouettait pour la faire crier, et il la fouettait pour la faire taire ; ce n'est que lorsque la fatigue l'emportait qu'il cessait de brandir le fouet dégoulinant de sang. Je me souviens de la première fois où j'ai assisté à cette scène terrible. J'étais un petit garçon, mais je m'en souviens très bien et je ne l'oublierai jamais - ce sera probablement la dernière chose dont je me souviendrai. Ce fut la première d'une série d'atrocités auxquelles j'étais condamné à assister et à prendre part. Cela m'a profondément marqué. C'était la porte ruisselante de sang, l'entrée de l'enfer de l'esclavage que j'allais franchir. Ce fut une scène terrible et effroyable. Si seulement j'avais pu coucher sur le papier ce que j'ai ressenti en me tenant là, devant lui. »

C'est le témoignage de première main de Frederick Douglass, esclave en fuite. C'était la réalité dont Harriet Beecher Stowe était témoin dans sa vie quotidienne, cette réalité qui la révoltait.

Voici ce qu'elle écrivait au sujet des propriétaires de plantations des États du Sud, qui avaient un pouvoir absolu sur tous les aspects de la vie de leurs esclaves : « Le pouvoir judiciaire et légal conféré au propriétaire de la plantation confinait à une tyrannie absolue sur le corps et l'esprit des esclaves sous son contrôle » et « la vie de l'esclave ne bénéficiait d'aucune protection ».

Harriet est née dans le Connecticut en 1811, l'un des États du Nord. Son père était pasteur calviniste et père de douze enfants. Elle épousa un théologien, dont elle disait qu'il était « riche en grec, en hébreu, en latin et en arabe, mais, hélas, pauvre en tout le reste ». Le couple eut sept enfants. La mort de l'un d'eux, à l'âge d'un an et demi, lui apprit ce qu'était la douleur et éveilla en elle une profonde compassion pour les souffrances des esclaves noires, contraintes de se séparer de leurs enfants lorsque ceux-ci leur étaient arrachés et vendus.

Harriet était issue d'une famille américaine qui avait donné naissance à des hommes politiques, des intellectuels et des représentants de l'administration. Elle reçut une excellente éducation et était animée d'un profond sentiment de mission. Elle connaissait bien les routes empruntées par les esclaves en fuite, car elle, son fils et son mari, ainsi que son frère Henry Ward Beecher, participaient activement à un réseau organisé qui aidait les esclaves à fuir vers le Canada, où l'esclavage était interdit par la loi.

L'écriture de « La Case de l'oncle Tom »

Harriet avait un grand talent d'écriture, un sens aigu de l'observation et le don de faire partager au lecteur la souffrance de ses personnages. Elle écrivit un grand nombre de livres, mais le plus célèbre de tous est celui qui a mené à la guerre et au changement. Ce livre parut d'abord sous forme de feuilleton dans le journal « National Era » (que l'on peut traduire librement par « L'Ère nationale »), à raison d'un épisode par semaine à partir de juin 1851. Il devait au départ être une nouvelle, mais finit par compter quarante chapitres. Le récit fut publié en livre le 20 mars 1852 et devint célèbre sous le titre « La Case de l'oncle Tom ».

Précisons que le titre hébreu parle d'une « tente », alors qu'il s'agit d'une cabane. Le titre anglais est « Uncle Tom's Cabin; or, Life Among the Lowly ».

« L'homme qui était un objet » : tel était le sous-titre méconnu qui devait accompagner le titre d'un livre très célèbre. Il fut remplacé par un autre, « La Vie au plus bas de l'échelle », qui, comme le précédent, sombra complètement dans l'oubli.

Le livre « La Case de l'oncle Tom » eut une grande influence sur ses lecteurs et les incita sans doute à agir. De même que Dickens provoqua un changement dans l'Angleterre du XIXe siècle en décrivant la détresse des enfants pauvres des classes populaires, exploités et maltraités, et transforma la vision du monde de ses lecteurs, ce qui entraîna des réformes et des changements législatifs, Harriet aussi toucha ses lecteurs, sensibles aux souffrances de l'oncle Tom et d'Eliza, l'esclave en fuite qui s'échappe avec son mari et son jeune fils.

Dans l'Amérique du milieu du XIXe siècle, en pleine période esclavagiste, un tel livre était controversé. Il s'en vendit 10 000 exemplaires au cours de la première semaine, 300 000 au cours de la première année, et il fut le premier livre de l'histoire américaine à dépasser le million d'exemplaires vendus. Ce fut le roman le plus vendu du XIXe siècle et le livre le plus vendu aux États-Unis après la Bible.

On peut dire que « La Case de l'oncle Tom » a provoqué le premier scandale public aux États-Unis.

Le livre est un récit émouvant des tourments d'un esclave noir qui sert fidèlement son maître, un homme bon et doux qui apprécie sa loyauté. À la suite d'un changement de circonstances, l'esclave passe de main en main et finit par tomber entre celles d'un maître cruel et sans cœur. Même dans sa nouvelle situation, il accepte son sort et ne proteste pas, malgré les humiliations et les coups qui sont son lot.

La tempête autour de « La Case de l'oncle Tom »

Huit années s'écoulèrent entre la publication du livre et l'élection d'Abraham Lincoln à la présidence, sous l'étiquette du Parti républicain, en 1860. Lincoln battit ses adversaires du Sud, qui prônaient l'extension des territoires où l'esclavage était autorisé, et le conflit entre les partisans de l'esclavage et ses opposants conduisit au déclenchement de la guerre de Sécession. Dans les États du Sud, le livre fut accueilli avec colère et ressentiment, et suscita des attaques personnelles contre l'autrice. L'un de ses critiques la décrivit ainsi : « une grande femme, grossière et vulgaire d'apparence, aux épaules voûtées, au long cou jaune et au nez, par lequel elle parle, long et pointu ». Les critiques protestèrent avec fureur contre l'insinuation contenue dans son livre selon laquelle « les Noirs ressemblent aux Blancs », autrement dit qu'ils ont des sentiments humains, de la bonté et de la générosité, qu'ils éprouvent de l'amour et de la haine et qu'ils souffrent lorsqu'on les traite avec cruauté… L'une des réactions à la parution de « La Case de l'oncle Tom » fut la publication de livres présentant des « vérités » opposées aux siennes, comme « La Case de tante Phyllis », qui dépeignait une situation inverse : des maîtres compatissants qui ne fouettent jamais leurs esclaves, car une telle violence est inconvenante ou déraisonnable. Le livre « Autant en emporte le vent » fut lui aussi écrit dans le but de contester les descriptions présentées dans « La Case de l'oncle Tom ». En réponse aux accusations, Harriet publia en 1853 le livre « La Clé de La Case de l'oncle Tom », qui rassemblait des centaines de documents et de faits ayant servi de toile de fond à son roman. À propos du processus de création, Harriet déclara : « Ce n'est pas moi qui ai écrit le livre. Dieu me l'a dicté. » Elle expliqua que son amour pour sa patrie l'avait poussée à l'écrire et qu'elle craignait le jour du Jugement qui attendait son pays, à cause de l'injustice persistante qui y régnait.

On raconte que lorsqu'Abraham Lincoln rencontra Harriet en 1862, au cœur de la guerre de Sécession, il lui dit : « Vous êtes la petite femme dont l'histoire a déclenché cette grande guerre. » Le livre eut une telle influence sur les lecteurs britanniques que la Grande-Bretagne s'abstint de rejoindre les États confédérés pendant la guerre de Sécession.

Photos de cette histoire: הארייט ביצ'ר סטואו
ביתה של הארייט ביצ'ר סטואו בהרטפורד, קונטיקט, כיום מוזיאוןצילום: Midnightdreary, CC BY-SA 3.0, ויקישיתוף

Aujourd'hui, au sein de la communauté afro-américaine, le surnom « oncle Tom » est une injure désignant un Noir qui se soumet aux Blancs et cherche à imiter leurs coutumes, reniant ainsi sa propre identité.

Photos de cette histoire: הארייט ביצ'ר סטואו
קברה של הארייט ביצ'ר סטואו באנדובר, מסצ'וסטסצילום: Midnightdreary, CC BY-SA 3.0, ויקישיתוף