Il fut l'une des figures les plus hautes en couleur de son époque, et son histoire est étroitement liée à un ordre secret et à la Terre d'Israël de l'entre-deux-guerres, un enchevêtrement qui se reflète dans les beaux édifices de Jérusalem.
Baroukh Katinka sur les chemins de fer du pays
En 1916, Baroukh Katinka travaillait comme ingénieur et inspecteur technique en chef du chemin de fer du Hedjaz en Terre d'Israël. Celui-ci reliait Damas à Médine, dans le Hedjaz, et transportait les pèlerins en route vers La Mecque. Une branche de la ligne atteignait Haïfa et est connue sous le nom de « train de la vallée ».
En 1914, l'escadrille bavaroise 304 arriva d'Allemagne afin de venir en aide à ses alliés turcs dans leur guerre contre les Britanniques et s'installa près de Merhavya. Les principales missions des aviateurs consistaient en prises de vues aériennes et bombardements. Pour faciliter leur ravitaillement, une voie ferrée fut construite à Afoula. L'escadrille subit de lourdes pertes et les aviateurs cherchaient du réconfort dans la bonne chère, la musique, le vin et les femmes. Ils trouvèrent tout cela dans la colonie allemande des Templiers de Haïfa, où l'on parlait leur langue, où la nourriture leur était familière et délicieuse, comme le strudel fait maison, où il y avait une belle plage et... des femmes. Pour se rendre en ville, les aviateurs prenaient un wagonnet découvert, y dressaient un mât, hissaient une voile et tentaient de naviguer jusqu'à Haïfa. Ils le baptisèrent « l'Express phénicien ». Le problème, c'est que le vent ne soufflait que vers Haïfa, si bien qu'ils ne pouvaient pas regagner leur base à bord du wagonnet. Les aviateurs s'adressèrent au haut commandement, qui ordonna à Baroukh Katinka de construire de petits wagons automoteurs à leur usage. Il sollicita des moteurs auprès de la direction générale des chemins de fer, mais on lui répondit qu'elle n'en possédait pas de ce type et qu'il devait se les procurer lui-même. « Un ordre du haut commandement avait force d'injonction, on ne pouvait pas le refuser », écrivit-il dans son livre « Depuis lors jusqu'à aujourd'hui ». Il s'adressa à ses amis de l'escadrille pour savoir s'ils avaient un moteur à lui proposer. Ils lui montrèrent un avion qui s'était écrasé non loin de là. Certes, ses ailes étaient brisées, « mais son fuselage ainsi que son hélice étaient intacts... J'étais stupéfait par la taille du moteur. Sa puissance était d'environ 160 chevaux, alors que pour un wagon automoteur, un dixième, voire un vingtième de cette puissance aurait suffi. »
Baroukh Katinka fixa le moteur sur une plateforme à roues et la posa sur les rails. Il appela un des aviateurs pour qu'il l'accompagne. « Peu après, un pilote arriva, s'assit sur le siège de l'avion et me proposa de m'asseoir à côté de lui, à la place du bombardier. Nous avons mis des casques de pilote spéciaux et le pilote a mis le moteur en marche », raconta-t-il. « L'hélice se mit à tourner à toute vitesse. J'ai desserré le frein à main du wagon et, tout à coup, il s'est mis à avancer en faisant un vacarme épouvantable, tandis que sa vitesse ne cessait d'augmenter. À mi-chemin entre Afoula et Haïfa, lorsque j'ai constaté que la vitesse dépassait la limite autorisée, j'ai fait signe au pilote de s'arrêter. Nous voulions retourner à Afoula, mais comment faire ? L'hélice ne pouvait pas tourner en sens inverse. J'ai décidé de continuer jusqu'à Haïfa, bien que la circulation des trains sur la ligne entre Afoula et Haïfa fût interdite, par crainte des bombardements britanniques. Nous sommes arrivés à Haïfa, où se trouvait un plateau tournant conçu pour inverser le sens des locomotives qui y montaient. Nous avons placé le wagon sur le plateau, l'avons fait pivoter, et l'hélice s'est retrouvée tournée vers l'avant, en direction d'Afoula. Nous avons repris la route vers Afoula, moi la main sur le frein pour ralentir le wagon autant que possible. Nous sommes arrivés à Afoula sans incident. » La vallée paisible, habituée jusqu'alors au passage lent des trains, fut soudain secouée par le vacarme assourdissant d'un train lancé à 85 km/h. À la suite de ce « voyage en avion », Katinka proposa aux aviateurs de leur construire des wagons semblables. Cette fois, cependant, après l'expérience du premier voyage, il installa aussi un frein à main. Il ajouta des traverses de chemin de fer sur le plancher pour alourdir le wagon, puis y installa deux bancs et une rambarde, peints en « vert magnifique », comme il le disait. Au bout de deux jours de travail, il invita le commandant allemand à l'inauguration des wagons. « Le commandant, ses camarades aviateurs et moi-même avons pris place dans cet étrange wagon automoteur et nous sommes rendus à Haïfa puis revenus... La joie des aviateurs était sans limites. Ils disposaient d'un véhicule pratique, auquel ils étaient habitués. Ils m'ont remercié de tout cœur. »
Ainsi, au lieu d'un wagon-bateau, ils reçurent un wagon-avion. La vitesse du train de la vallée, qui roulait à 16 km/h, inspira bon nombre de plaisanteries. L'une d'elles racontait l'histoire d'un homme qui voulait se suicider, s'était couché sur les rails et était mort de faim...
Pendant des mois, le professeur Didi Lin du Kinneret Academic College, Ziv Ofir, vice-président du Kinneret Academic College, et Avi Baltner, propriétaire d'un atelier de serrurerie à la colonie de Menahemia, travaillèrent à la construction d'une maquette du wagon. En avril 2022, elle fut installée à la gare de Tzemah.

Le même wagon automoteur qui transportait les Allemands à Haïfa pour leurs moments de réjouissance servit aussi aux nouveaux conquérants. À la fin de 1917, les soldats australiens se mirent eux aussi à l'utiliser, exactement dans le même but. Les Australiens apprirent que les soldats allemands avaient laissé un trésor de bouteilles de vin dans une grotte près du camp militaire de Jénine. Ils « s'envolèrent » à bord du wagon de Haïfa à Jénine, trouvèrent la grotte et chargèrent leur butin de bouteilles de vin sur le wagon. Sur le chemin du retour, en direction de Naplouse, le wagon lancé à toute allure se renversa et la plus grande partie du vin qu'ils transportaient se répandit.
Tout le monde n'appréciait pas ce wagon rapide. Baroukh Katinka raconta que le directeur des chemins de fer lui-même n'en était pas enthousiaste : « Il m'a injurié pour ma paresse et m'a demandé comment un homme pouvait être aussi paresseux et fabriquer un tel monstre. » Même les explications des aviateurs enthousiastes ne convainquirent pas le directeur, qui annonça qu'à partir de ce jour, le wagon aérien s'appellerait « Katinka's Faulheit » (« la paresse de Katinka »). Baroukh Katinka, lui, était satisfait de son invention et écrivit : « J'en ai tiré parti et, chaque fois que j'avais besoin d'un trajet rapide et urgent, je téléphonais aux aviateurs, qui mettaient le wagon automoteur et un pilote à ma disposition. J'ai ainsi souvent transporté beaucoup de mes amis entre Afoula et Haïfa, à l'aller comme au retour. »
L'hôtel Palace et la lutte à Jérusalem
À sa nomination au poste de haut-commissaire, Herbert Samuel, qui était juif, décida d'accorder sa grâce à Hajj Amin al-Husseini, condamné à dix ans de prison après avoir mené une foule qui s'était déchaînée contre les Juifs lors des émeutes de 1920. Al-Husseini était l'un des candidats au poste de mufti, une fonction que les Britanniques avaient transformée, de religieuse, en une fonction politique dotée d'un grand pouvoir économique. À sa sortie de prison, le gouverneur Ronald Storrs choisit Al-Husseini comme mufti, bien qu'il fût le plus jeune des candidats et qu'il eût une formation religieuse des plus limitées. Gad Frumkin, qui faisait office d'interprète auprès de Ronald Storrs, raconta qu'un soir de shabbat, Al-Husseini lui parla de sa nomination comme mufti : « Pendant la période de deuil de mon frère Kamal, Sir Herbert Samuel est venu chez nous. Nous avons eu une conversation franche, au cours de laquelle je lui ai exposé mes opinions et mes aspirations. Je lui ai demandé : préférez-vous un adversaire déclaré ou un homme qui vous renie en secret ? Il m'a répondu : un adversaire déclaré. C'est sur cette base que j'ai été nommé mufti de Jérusalem. » Contrairement aux attentes, les opinions du mufti ne s'adoucirent pas et il continua d'attiser l'hostilité contre la communauté juive (il rencontra même Hitler par la suite). Dans le cadre de ses actions contre les Juifs, Al-Husseini décida de faire construire l'hôtel « Palace » dans l'ouest de Jérusalem, une démonstration de force face à l'essor de la construction des quartiers juifs. En 1927, il lança un appel d'offres pour construire l'hôtel sur une terre du waqf.
Au début de 1928, l'entreprise de construction « Albina, Donia et Katinka » fut fondée. Son principal actionnaire était l'homme d'affaires arabo-chrétien Joseph Pascal Albina, que Baroukh Katinka et Tuvia Donia (le beau-frère de Haïm Weizmann) rejoignirent comme associés. À la publication de l'appel d'offres pour la construction de l'hôtel « Palace », ils craignirent de le perdre parce qu'ils étaient juifs. Ils l'emportèrent cependant après s'être adressés à l'entrepreneur musulman Awad, qui s'inscrivit à la place d'Albina, et avoir mis son nom en évidence dans leur offre. Le mufti essaya plus d'une fois d'entraîner Donia dans des débats politiques, et Donia lui répondait : « Weizmann et moi avons un accord : il ne s'occupe pas de travaux de construction ni d'entreprise, et moi, je ne m'occupe pas de politique. » La construction de l'hôtel s'acheva en 1929. La même entreprise construisit aussi la maison du mufti, qui devint plus tard l'hôtel « Shepherd », dans le quartier de Sheikh Jarrah.
Parmi les adversaires du mufti figurait Raghib al-Nashashibi, alors maire de Jérusalem, qui refusa de raccorder l'hôtel au réseau d'égouts. Baroukh Katinka ne renonça pas et installa un système de pompage et d'épuration de l'eau, qui était acheminée de l'hôtel jusqu'à l'enceinte du cimetière. L'hôtel ferma en 1934, faute d'avoir pu faire face à la vive concurrence de l'hôtel « King David », mais Hajj Amin al-Husseini continua d'y conserver un bureau. Après sa fermeture, l'hôtel fut loué par l'administration britannique, qui en fit un immeuble de bureaux. Le 30 mars 1936, la station « Kol Yerushalayim » commença elle aussi à émettre depuis ce bâtiment, pendant trois ans (aujourd'hui, l'édifice constitue l'aile centrale de l'hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem).
En 1936, la « commission Peel », chargée d'enquêter sur les émeutes (1939-1936), établit son siège à l'hôtel. Les dirigeants de la communauté juive, qui souhaitaient entendre les débats de la commission, s'adressèrent à Baroukh Katinka et lui demandèrent d'y installer des appareils d'écoute. Katinka s'adressa à Yeshayahu Feinsod, l'ingénieur électricien de l'hôtel, qui accepta et installa des microphones cachés dans les supports des ampoules électriques au-dessus de la table de réunion. Ainsi, chaque jour, le contenu des débats était transmis aux représentants des institutions nationales.
De sa jeunesse à la Première Guerre mondiale
Baroukh Katinka naquit en 1887 à Bialystok, en Pologne (qui faisait alors partie de la Russie). Son père, Shmuel Menashe, descendait de la famille de Menasseh ben Israël, originaire des Pays-Bas. Enfant, il étudia au heder, mais les études religieuses ne l'intéressaient pas. Dès l'âge de trois ans, son esprit bouillonnant et créatif transforma un parapluie en fusil, et à six ans, il avait déjà construit un moulin à vent et une machine à vapeur. Plus tard, il étudia pendant environ un an et demi à la yeshiva de Volozhin, dirigée par un rabbin antisioniste. Baroukh et dix autres élèves enthousiastes s'enfuirent de la yeshiva après avoir entendu parler de Herzl et de ses projets de créer un État juif en Terre d'Israël. Ils rencontrèrent Herzl et lui apportèrent une lettre de soutien des élèves de la yeshiva. Baroukh Katinka fut parmi les premiers à s'inscrire comme membre du mouvement sioniste de sa ville, les « Poale Zion » de Bialystok. Il poursuivit ses études au polytechnicum de la ville de Mittweida, en Allemagne, et obtint à 21 ans un diplôme d'ingénieur en mécanique et en électricité. Au polytechnicum, il fonda l'association des étudiants hébréophones « Hatikva ».
En 1908, il monta en Terre d'Israël avec sa mère et ses trois sœurs. Avec son ami Yosef Miller, il fonda un cabinet d'ingénierie et de technique à Haïfa, tout en travaillant comme ingénieur à l'usine « Atid » (« Shemen ») de Haïfa. À l'époque, le pays était sous domination turque et Baroukh Katinka décida de « devenir ottoman » et de s'engager dans l'armée. Comme il était juif, on n'était guère désireux de l'enrôler. En 1911, après le début de la guerre entre la Turquie et la Bulgarie, il fut toutefois invité à aider la compagnie ferroviaire ottomane à construire la ligne du Hedjaz, qui partirait de Damas et longerait la voie ferrée française. Au début, il fut conseiller auprès d'un directeur allemand antisémite, qui accepta de l'employer, mais d'abord sans salaire. Pendant la Première Guerre mondiale, il fut nommé inspecteur de la compagnie des chemins de fer en Terre d'Israël et dut passer un examen pour obtenir le permis de conduire des locomotives. Il fut ainsi le seul Juif titulaire d'un permis de conduire une locomotive et bénéficia même du voyage gratuit sur tous les chemins de fer de l'Empire ottoman. La construction des voies ferrées dans la région nécessitait une abondante main-d'œuvre. Un jour, on lui confia un grand groupe d'environ 500 prisonniers arméniens déportés de leur pays pour soutenir l'effort de guerre turc. Baroukh Katinka raconta qu'il avait reçu l'ordre du médecin-chef de l'armée turque de convertir à l'islam les prisonniers. Il devait donc les circoncire et répartir les femmes prisonnières entre les cheikhs bédouins pour qu'elles leur servent d'esclaves et de concubines. Stupéfait par cette demande, Baroukh Katinka chercha à empêcher cette abomination et informa le quartier général que le trafic ferroviaire serait suspendu pendant une semaine, car les Arméniens ne pourraient pas travailler après la circoncision. Le haut commandement fut convaincu et annula l'ordre.
Les Britanniques, venus d'Égypte, contraignirent les Turcs à battre en retraite et le contact avec Baroukh Katinka fut rompu. Soupçonné de collaboration avec les Britanniques, il fut jugé par contumace et reconnu coupable. Il fut condamné à mort et sommé de se présenter à Damas pour que la sentence soit exécutée. Baroukh se rendit effectivement à Damas et fut acquitté après avoir présenté au juge les lettres d'appréciation et les distinctions qu'il avait reçues pour son travail. En sortant du tribunal, il vit trois potences sur la place centrale. Il demanda au garde qui l'accompagnait qui devait être pendu, et celui-ci répondit : « Demain, trois hommes doivent être pendus ici : Yosef Lishansky, Naaman Belkind et Baroukh Katinka. »
À son retour dans le pays, alors qu'il était officier supérieur de l'armée turque, il fut fait prisonnier par les Britanniques avec 81 autres officiers. Ils furent emmenés à la prison d'Es-Salt, en Transjordanie, puis à Jérusalem. Il réussit à s'évader, se cacha dans le cimetière du mont des Oliviers et parvint à rentrer en ville à la tombée du soir.
Ingénieur et entrepreneur à Jérusalem
Baroukh Katinka entama un nouveau chapitre de sa vie et se mit à fournir des services d'ingénierie et de construction dans l'entreprise dont il était associé, « Albina, Donia et Katinka - entrepreneurs et ingénieurs ». Il fut l'un des dix premiers ingénieurs du pays et participa à l'élaboration des plans électriques de Pinhas Rutenberg. Par la suite, il construisit l'hôtel « Palace », le bâtiment de l'YMCA, l'aéroport de Lod et les forteresses Tegart. En 1918, il fonda l'« Association des ingénieurs en Terre d'Israël » et fut membre de la commission de l'eau aux côtés de Shmuel Slouschz et de son président, le Dr Meir Gurevitch. Dès l'année suivante, son nom figurait sur la liste des fondateurs du quartier de Bat Galim à Haïfa et parmi les dirigeants du comité de Hadar Hacarmel, dans la ville. Baroukh Katinka fut l'un des premiers membres et fondateurs de l'organisation « Haganah », où il occupa le poste d'officier chargé des achats et atteignit des grades élevés dans la hiérarchie. Après la création de l'État, il s'engagea dans l'armée israélienne comme ingénieur et y servit jusqu'à l'âge de 62 ans.
En 1908, Baroukh quitta Haïfa en bateau, en direction de Jaffa. À son arrivée à Jaffa, la mer agitée empêcha le navire d'entrer dans le port. Après quelques jours, le capitaine annonça qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de poursuivre leur route vers Alexandrie. Baroukh se réjouit de cette nouvelle, car il n'était jamais allé en Égypte. Il partageait sa cabine avec un jeune Grec qui lui confia qu'il était recherché à Alexandrie et qu'à son arrivée, il serait emprisonné jusqu'au départ du navire pour Jaffa. Il demanda à Baroukh de garder sa valise. Lorsqu'ils débarquèrent, le Grec fut arrêté, et Baroukh prit la valise et l'accompagna. En chemin, deux hommes élégamment vêtus croisèrent leur route, échangèrent brièvement des signes avec le Grec, puis s'éloignèrent. À leur arrivée au poste de police, les deux hommes les y attendaient déjà et demandèrent à Baroukh de patienter avec eux. Quelques minutes plus tard, le Grec fut libéré. Baroukh, stupéfait, demanda : « Comment est-ce arrivé ? » Le Grec lui expliqua qu'il appartenait à l'ordre des « francs-maçons » et que les deux hommes, eux aussi membres de l'ordre et tenus de s'entraider, avaient compris qu'il était en difficulté. Ils s'étaient rendus au poste de police avant lui et avaient versé une caution pour obtenir sa libération. Enthousiasmé, Baroukh Katinka décida de rejoindre l'ordre des « francs-maçons » le jour même. Cet ordre est une sorte de société secrète internationale qui défend trois principes fondamentaux : la liberté, la fraternité et l'égalité entre les « frères » membres de l'ordre et entre les êtres humains. À l'origine, c'est une organisation morale vouée à l'entraide.
Le bâtiment de l'YMCA de Jérusalem porte le nom de l'organisation du même nom (YMCA), l'Union des jeunes chrétiens des États-Unis. Cette organisation s'est donné pour objectif de favoriser les relations entre chrétiens, musulmans et juifs grâce à des activités culturelles et sportives communes. Après que le millionnaire américain James Jarvie se fut engagé à verser des fonds pour construire un bâtiment permanent pour l'YMCA en Israël, il fut décidé de lancer un appel d'offres. À cette époque, l'entreprise « Albina, Donia et Katinka » de Baroukh était déjà connue et bien introduite grâce à son succès dans l'appel d'offres pour l'hôtel Palace. Ainsi, bien que leur offre ne fût pas la moins chère, ils remportèrent l'appel d'offres de l'YMCA. L'édifice, considéré comme le plus beau bâtiment de l'YMCA au monde, fut inauguré en grande pompe en 1933 par le général Allenby, qui déclara dans son discours : « À Jérusalem, ville vénérée de tous, au cœur de la Terre d'Israël, terre témoin de guerres incessantes depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, s'élève un monument à la paix et à la fraternité. » Le bâtiment fut conçu par Arthur Loomis Harmon, qui dessinait à la même époque l'Empire State Building, et les deux édifices présentent des similitudes.
Les francs-maçons et la grotte de Sédécias
Comme tout ordre secret, celui-ci a donné lieu à bon nombre de théories du complot, notamment celle selon laquelle Mozart aurait été assassiné parce qu'il avait révélé certains secrets de l'ordre dans son œuvre « La Flûte enchantée », ou encore celle d'une tentative d'assassinat du pape. Les « francs-maçons » considèrent le roi Salomon comme le fondateur de l'ordre et son premier président. Salomon fit appel à un artisan nommé Hiram de Tyr (qui n'était pas le roi) et, parmi les objets qu'Hiram fabriqua pour le Temple de Salomon, figuraient deux magnifiques colonnes nommées Yakhin et Boaz. Selon une ancienne tradition, les pierres du Temple de Salomon furent extraites de la grotte de Sédécias. Depuis sa redécouverte au milieu du XIXe siècle, cette grotte est connue sous le nom de « King Solomon Quarries », les carrières du roi Salomon. C'est en raison de cette attribution que l'ordre des « francs-maçons » en Israël vit le jour précisément dans la grotte de Sédécias. L'un des premiers travaux de Baroukh Katinka comme ingénieur dans le pays fut de cartographier la grotte, où l'on peut encore trouver des graffitis portant son nom. La salle centrale est appelée « salle des francs-maçons » et accueille les cérémonies. Même sous la domination jordanienne de Jérusalem, des cérémonies avaient lieu dans la grotte. Le plus célèbre franc-maçon jordanien était le roi Hussein. La dernière utilisation des pierres de la grotte remonte à la construction du bâtiment de l'YMCA. Baroukh Katinka aménagea, au sommet de la tour, une « chambre de recueillement » dont les murs furent revêtus de pierres provenant de la grotte de Sédécias. Dans ses mémoires, Baroukh raconte que, pour construire la chambre, il suggéra à l'architecte Adamson de demander au département des Antiquités l'autorisation de prendre à cet effet « des pierres des carrières du roi Salomon (la grotte de Sédécias), que la tradition dit avoir été utilisées pour construire le Temple... Nous avons trouvé de grandes pierres anciennes, taillées et prêtes à l'emploi, qu'on nous a autorisés à sortir et à utiliser ». Katinka raconta également la construction de l'autel dans la salle de prière du bâtiment de l'YMCA : « Je devais rassembler douze pierres brutes et les disposer en autel, sans en casser ni en tailler aucune. J'ai proposé à Adamson de nous rendre avec quelques ouvriers à Beit-El, près de Jérusalem, où le premier autel avait été construit, et d'y chercher des pierres pour le nôtre. Qui sait, peut-être aurions-nous la chance de trouver une pierre provenant des anciens autels. Adamson se laissa séduire par l'idée et nous avons passé ensemble près de deux jours dans les champs de Beit-El avant de parvenir à rassembler douze pierres qui répondaient à ses exigences. »
Dans chaque loge maçonnique se trouvent un autel, une pierre brute (une pierre dans son état naturel, sur laquelle aucun outil de fer n'a été levé) et une pierre de taille (équarrie). Les pierres brutes sont destinées à servir à la construction d'un autel : « Si tu me fais un autel de pierres, tu ne le bâtiras pas en pierres taillées » (Exode 20, 21). Les magnifiques pierres de taille, quant à elles, servirent à la construction du Temple de Salomon : « Le roi ordonna qu'on tire de grandes pierres, des pierres de prix, pour fonder la maison avec des pierres de taille » (I Rois 5, 31).
Parmi les artisans employés à la construction du bâtiment figuraient les artistes de Bezalel Meir Gur-Arie, Batya Lishansky, Yahya Yemini, Shmuel Melnik et Ze'ev Raban, qui était lui-même membre de l'ordre. Les illustrations de Ze'ev Raban ornent encore aujourd'hui de nombreux emblèmes des loges maçonniques d'Israël, et ses œuvres laissent apparaître leurs symboles. L'un de ses tableaux représente une figure qui ressemble au grand séraphin sculpté, haut de cinq mètres, sur la façade de la tour de l'YMCA, inspiré de la description du chapitre 6 d'Isaïe. En octobre 1953, la « Grande Loge de l'État d'Israël » fut fondée dans le bâtiment de l'YMCA. Elle regroupe toutes les loges des « francs-maçons » du pays.
Les « francs-maçons » s'enorgueillissent d'une liste prestigieuse de membres célèbres, parmi lesquels les hommes de lettres Voltaire, Mozart, Goethe et Pouchkine, ainsi que les dirigeants Churchill, George Washington, premier président des États-Unis, et Theodore Roosevelt, leur 26e président. Parmi les membres juifs figurent Moses Montefiore, la famille Rothschild, les familles Yellin et Rivlin, le poète Avigdor Hameiri, Zeev Jabotinsky, Yosef Feinberg, David Yudilovitch, David Tidhar et d'autres. Yudilovitch, Tidhar et Ben Zion Eilon ont également publié des ouvrages sur l'ordre et son histoire dans le pays.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de milliers de francs-maçons furent assassinés en Europe, accusés d'avoir collaboré avec les Juifs. Ils étaient presque tous chrétiens.
Baroukh Katinka mourut à Tel Hashomer en 1965, à l'âge de 78 ans. Malgré sa contribution importante à Haïfa et à Jérusalem, aucune des deux villes ne jugea bon d'honorer sa mémoire et son œuvre. C'est la ville de Beer-Sheva, justement, qui donna son nom à une rue.





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