Il fut l'un des pionniers de la deuxième aliyah et l'un des fondateurs du groupe de Kinneret. Premier mort du groupe, on a dit de lui : « Son sang a renforcé notre alliance avec la terre. »

Le 24 novembre 1913, Yossef partit travailler dans le « grand champ », près de Beitanya Tahtit. À la fin de la journée, il détela les mules de la charrue, les attela à la charrette et prit le chemin du retour avec son ami Yehoshua Adler. Les assassins l'attendaient sous un jujubier. Voici le récit d'Eliyahu Golomb, témoin de la scène : « Quelques Arabes s'approchèrent de la charrette. Il leur dit de s'écarter, et l'un d'eux lui tira aussitôt dessus. Il ne sentit pas tout de suite sa blessure et tira avec son Browning. Après le premier coup, le pistolet s'enraya et Yossef Zaltsman tomba. » Yossef fut le premier mort du groupe de Kinneret.

L'assassinat de Yossef était un acte de représailles. Deux jours plus tôt, le 22 novembre, Moshe Barsky, de Degania, avait été assassiné. Alors qu'il luttait contre des brigands, il avait tiré sur l'un d'eux et l'avait tué. Yossef fut assassiné pour venger le sang versé... !

Yossef Zaltsman naquit à Varsovie en 1890, dans une famille religieuse qui aimait le peuple juif. Sa famille possédait un magasin de tissus dans la ville et, devenu adulte, il y travailla à son tour, mais il aspirait à davantage. C'est sa rencontre avec Yitzhak Tabenkin, en 1904, qui le conduisit à rejoindre les « Fleurs de Sion », un groupe qui organisait l'autodéfense des Juifs contre les pogromistes. L'année suivante, il adhéra au parti Poale Zion. Cette même année, des grèves éclatèrent en Russie et dans toute la Pologne. Yossef se mobilisa aux côtés des grévistes et leur ouvrit des cantines à bas prix, allant jusqu'à confisquer des vivres aux commerçants pour les leur fournir. Il fut arrêté et emprisonné pour ses activités clandestines.

Afin de financer le parti, Yossef dévalisa la caisse de la gare, mais fut de nouveau arrêté. Envoyé dans la froide Sibérie, il parvint à s'évader. En 1907, il arriva à Vienne, puis partit pour la Palestine. Il avait 17 ans.

Dans toute la vigueur de sa jeunesse, robuste et voyant son rêve se réaliser, il se sentait investi d'une mission historique envers son peuple : préparer, en pionnier, le pays pour ceux qui viendraient après lui. Il demanda à ses camarades restés en Pologne de le rejoindre.

En terre d'Israël et au groupe de Kinneret

À son arrivée en Palestine, Yossef rejoignit le groupe de travail fondé par Israel Shohat, fondateur de Hashomer, et travailla à couper du bois à Hadera. Il se révéla être un chef et l'âme du groupe, et sa grande force physique se manifestait dans le volume de travail qu'il accomplissait et son rendement. À Hadera, il rencontra le poète David Shimoni, qui lui dédia après sa mort le poème « Dans la forêt de Hadera ». En tête du poème, il écrivit : « À l'âme de Yossef Zaltsman, que j'ai connu dans la forêt de Hadera. » Voici comment il le décrit dans son poème : « D'un simple geste, il l'abattait en biais sur le tronc de l'arbre, et ses branches volaient en éclats... Sa chevelure semblait danser, ardente, sur son front trempé de sueur ; à travers sa chemise déchirée blanchissait la peau délicate de sa poitrine, et des veines gonflées couraient sur son cou hâlé... »

En 1910, Yossef partit travailler à la ferme de Kinneret, où il rencontra Berl Katznelson, qu'il admirait. À la ferme, il fit aussi la connaissance de Hannah Meisel, qui l'avait fondée, et de la poétesse Rachel, dont il était amoureux. Rachel répondit à ses avances et tous deux avaient l'habitude de naviguer sur le lac de Kinneret dans leur bateau, baptisé « Flotte de la mer Noire », en chantant. L'année suivante, il retourna en Russie et s'engagea dans l'armée, mais fut libéré après un accident survenu lors d'un exercice, au cours duquel il perdit un doigt. Il revint en Palestine. Dès son retour, il se mit à travailler à Sejera (Ilaniya) et à Migdal.

Le témoignage de son ami Yaari Polonsky nous renseigne sur la période où il travaillait à la ferme de Migdal : « Zaltsman et moi travaillions à part, avec un groupe d'ouvriers. Nous n'étions pas des ouvriers embauchés à la journée ou au mois ; nous étions de simples ouvriers travaillant à la tâche... Or, je fus atteint d'une forte fièvre qui me secouait comme un tamis. La chaleur et le froid s'emparaient tour à tour, avec violence, de mon pauvre corps. Dans ces jours de fièvre, Yossef Zaltsman fut pour moi une mère aimante, une sœur dévouée. Il n'y avait pas du tout de lait à la ferme, et pourtant Zaltsman m'en trouvait chaque jour. Je ne sais ni où ni comment il s'en procurait. Voyant que la fièvre ne me quittait pas et, au contraire, s'enracinait dans mon corps, il ne me laissa pas rester à la ferme sans qu'un médecin veille sur moi. Il m'obtint une autorisation d'entrée gratuite à l'hôpital de Tibériade, loua un âne avec ses dernières pièces, m'installa dessus et m'emmena à Tibériade. »

« Avec l'assassinat de l'ouvrier Yossef Zaltsman, les débuts du mouvement ouvrier perdirent l'un de leurs principaux dirigeants et l'un des initiateurs de la Légion du travail », écrivit plus tard Gershon Gera dans son livre « La cour de Kinneret et ses habitants ».

À Sejera, Yossef rejoignit Ben-Zion Israeli et son groupe, avec lesquels il partit fonder Kfar Uria. Eva Tabenkin, sœur d'Yitzhak Tabenkin et son amie depuis l'époque de la clandestinité à Varsovie, faisait également partie du groupe. À Kfar Uria, Yossef travaillait au labour, son activité préférée entre toutes. Vers la fin de 1913, il retourna à la ferme de Kinneret pour empêcher sa fermeture et fut l'un des fondateurs du « groupe de Kinneret ». Les jeunes femmes du groupe étaient séduites par lui : « Il a de grands yeux, bleus comme le lac de Kinneret lors des journées d'été paisibles, et un sourire qui flotte en permanence sur son visage. Il est toujours de bonne humeur, optimiste. Il parle facilement et s'entretient avec aisance de tout ce qui te tient à cœur, à toi comme à lui », le décrivit l'un de ses amis.

Le 24 novembre 1913, alors qu'il rentrait du travail, il fut assassiné. Yehoshua Adler recueillit Yossef et le conduisit dans la cour de Kinneret, où Yaakov Hefetz, l'infirmier de la colonie, tenta de soulager ses souffrances, mais en vain. Alors qu'il agonisait, il s'adressa à l'infirmier : « Si vous me soignez pour me sauver, tant mieux. Sinon, laissez tomber. » Après trois heures de terribles souffrances, Yossef mourut. Il avait 23 ans. Le médecin écossais venu de Tibériade ne put que constater son décès.

Son grand ami Ben-Zion Israeli l'enterra exactement à l'endroit où il avait été assassiné, un lieu qui prit le nom de « pente de Zaltsman ». Ses funérailles rassemblèrent une foule nombreuse. L'activiste sioniste Yehoshua Barzilai prononça son éloge funèbre, tandis qu'A. D. Gordon récita le Kaddish et éclata en sanglots déchirants, qui bouleversèrent l'assistance. Yossef restera dans les mémoires comme le premier mort du groupe de Kinneret.

Photos de cette histoire: יוסף זלצמן
קברו של יוסף זלצמן ב'מדרון זלצמן', במקום שבו נרצחצילום: תומר פרסיקו, בלוג לולאת האל

Outre le choc de l'assassinat, la communauté subit aussi un coup dur sur le plan économique lorsque les précieuses mules furent volées. Ben-Zion Israeli raconta que de grands efforts avaient été déployés pour retrouver les assassins et les mules : « Un Arabe de Beisan (Beit She'an) vint dire qu'il connaissait l'endroit où se trouvaient les mules volées. » Les camarades de Degania et de Menahamia organisèrent une expédition à Salt, en Syrie, et, grâce à un pot-de-vin, récupérèrent les bêtes. Mais les assassins ne furent jamais arrêtés.

Les assassinats de Yossef Zaltsman et de Moshe Barsky amenèrent Eliyahu Golomb à conclure qu'il fallait unir et renforcer les communautés installées sur place. À partir de ce moment, il se consacra à la défense. Yossef Tabenkin, fils d'Yitzhak et d'Eva Tabenkin, né en 1921, fut prénommé ainsi en mémoire de Yossef Zaltsman.

Photos de cette histoire: יוסף זלצמן
בית הקברות כנרת על שפת הכנרת, מקום קבורתו של יוסף זלצמןצילום: שלמה רודד, CC BY 2.5, אתר פיקיוויקי